24 octobre 2025

Théodicée : Comment croire en Dieu quand le Mal sévit partout en tout temps ?


La théodicée est un raisonnement théologico-philosophique qui tente de résoudre l'apparente contradiction qu'il y a entre un Dieu prétendument omnipotent et bienveillant et l'existence du Mal. C'est d'abord un sujet qui suscite de nombreuses controverses puisqu'il a été régulièrement l'argument principal des non-croyants, athées et agnostiques pour réfuter l'existence de Dieu (encore faut-il s'entendre sur une définition universelle ?) et rejeter ainsi tout le corpus biblique qui lui est associé, ce qui n'est pas le moindre tort que cette contradiction engendre en persistant comme elle le fait, faute de trouver une argumentation qui soit suffisamment charpentée et convaincante pour obtenir un engagement spirituel des nombreux nihilistes et autres mécréants et tenter de leur donner une foi chrétienne en Dieu, Le Père, et son Fils Jésus-Christ. "L'athée-odyssée" s'est cristallisée principalement autour du philosophe allemand Gottfried W. Leibniz (1646-1716) au début du XVIIIème siècle avec la publication de son ouvrage Essais de Théodicée qui, en résumé, arrive à la conclusion un peu plaquée et conformiste consistant à affirmer que malgré le mal ou (même) grâce à lui, l'Histoire a un sens, une direction et que sa finalité aboutira forcément au Bien. Quand ? On n'en sait rien. Leibniz se contente de l'affirmer. C'est tout. Bref, Leibniz essaie tant bien que mal (c'est le cas de le dire) de se dépatouiller du problème en remplaçant un postulat, l'existence de Dieu, par un autre, son omnipotence bienveillante à la fin des fins. Et tant pis pour tous les martyres et les victimes innocentes nécessaires à cet accomplissement ultime. D'ailleurs, Voltaire ne s'était pas privé de railler cette vision du monde bien trop étriquée à son goût dans son conte sur Candide. Sans même connaître les scandales sexuelles à venir, on comprend que depuis des siècles le doute s'est immiscé dans la tête des paroissiens et que la société civile s'est détournée de l'Église, faisant progresser l'athéisme en même temps que la foi chrétienne sortait des cœurs et des esprits. Jean Meslier, contemporain de Leibniz, prêtre et précurseur de l'athéisme, l'avait prédit dans ses écrits posthumes : «Celui qui le premier a dit aux nations que quand on avait fait du tort aux hommes, il fallait en demander pardon à Dieu, l'apaiser par des présents, lui offrir des sacrifices, a visiblement détruit les vrais principes de la morale. Car, d'après ces idées, les hommes s'imaginent que l'on peut obtenir du roi du ciel, comme des rois de la Terre, la permission d'être injuste et méchant, ou du moins le pardon du mal que l'on a pu faire.» Comme si la Morale et Dieu étaient corruptibles comme n'importe quel mortel, auquel cas c'est l'hommage perfide et cynique que le vice rend à la vertu. Pourtant, Leibniz avait un handicap sur nos contemporains: Il lui manquait une certaine hauteur de vue pour se rendre compte que toute la difficulté de sa démonstration résidait dans sa façon même de (re)définir les différents concepts employés et leur acception la plus consensuelle possible au sens anthropologique du terme. À propos de Dieu, la réalité, comme notre lucidité, doivent nous amener à considérer que son omnipotence et sa bienveillance ne résident que dans l'œuvre de La Création au sens cosmologique et quantique du terme. Car, il y a belle lurette que l'on sait que ce Dieu créateur n'intervient aucunement dans la marche du monde dans lequel nous vivons et que les hommes sont seuls responsables du Bien comme du Mal qu'ils choisissent de faire ou pas à leurs semblables. Et pour cause, Dieu leur a donné cette liberté, le libre arbitre, depuis qu'Adam et Ève ont choisi de croquer dans le fruit de l'arbre de la connaissance, du Bien et du Mal, alors que leur Créateur les en avait dissuadés. Dieu n'est donc nullement responsable de leur péché originel, pas plus qu'il n'a à répondre des massacres, guerres et génocides que les humains ont décidé de s'infliger entre eux. Une fois son omnipotence circonscrite, il devient dès lors plus facile de s'intéresser aux souffrances terrestres dans leur globalité et d'identifier leurs origines qui, dans l'absolu, sont au nombre de trois :

1) L'injustice de la naissance qui, en dépit du fait que l'on tente tant bien que mal de considérer les humains de plus en plus libres et égaux en droit dans certains pays dits démocratiques, cette inégalité naturelle n'est évidement jamais résorbée vis-à-vis de notre hérédité, de nos parents, du milieu social, culturel et économique dans lequel nous grandissons et de notre héritage. Cette apparente injustice initiale est partiellement traitée dans l'Évangile de Jean, lorsque les disciples du Christ rencontrent un aveugle de naissance et s'interrogent : «Rabbi, qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu'il soit né aveugle?» Et, Jésus de leur répondre : «Ce n'est pas que lui ou ses parents aient péché, mais c'est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui.» (Jn 9:2-5) Il faut dire qu'à cette époque, il était courant de croire que la maladie ou le handicap était une conséquence directe du péché, ce qui, à vrai dire, n'était pas dénué de bon sens populaire si l'on se réfère au mythe d'Œdipe (lire l'article: Plaidoyer pour une réhabilitation tardive, mais incontestable) qui fit le choix inconscient, mais funeste, de commettre l'inceste en copulant avec sa mère, engendrant de la sorte une malédiction sur toute sa descendance. Mais, si les handicaps ou maladies génétiques peuvent être le résultat de péchés, dussions-nous parfois expier les fautes de nos aïeux, ils ne le sont pas toujours dans l'absolu et leurs vraies causes peuvent demeurer inexplicables, ou encore résulter de l'ignorance des parents comme ce fut le cas d'Œdipe. En répondant de la sorte, Jésus rappelle que cette injustice initiale n'est pas toujours la punition d'un péché intentionnel qui mériterait une rétribution stigmatisante. Au contraire et contre toute attente, l'aveugle retrouve miraculeusement la vue, à tout le moins spirituelle, par cette compassion que lui témoigne Le Christ, ce qui démontre que cette souffrance peut être l'occasion pour Dieu de manifester sa gloire et sa puissance, comme par exemple dans le cas de ces aveugles qui, à cause ou plutôt grâce à leur handicap, ont pu devenir de célèbres chanteurs tels Ray Charles, Steve Wonder ou encore Gilbert Montagné, notamment en leur permettant de sublimer leur sens de l'ouïe.

2) L'ignorance et la malchance forment la deuxième injustice existentielle qu'il est possible d'éprouver et qui, dans le passé, demeurait la plupart du temps imprévisible, mais que nous pouvons de plus en plus anticiper aujourd'hui. C'est le mauvais concours de circonstances, être au mauvais endroit au mauvais moment, l'accident, la faute involontaire ou par ignorance qui, en principe, exclut toute forme de péché. Ces causes peuvent avoir une origine purement naturelle comme la survenue d'un séisme ou tsunami, d'une éruption volcanique, d'un ouragan ou d'un déluge. Elles peuvent aussi résulter de l'ignorance, de l'imprudence, de la négligence coupable et, donc relever en partie du facteur humain (crash aériens, naufrages, déraillements de train) ou se combiner avec des causes naturelles (glissements de terrain, avalanches, pandémies). Hormis les forces de la nature, il s'agit bien de l'erreur humaine qu'il ne faut pas répéter selon l'adage bien connu "Errare humanum est, perseverare diabolicum". Autrement dit, si l'erreur initiale est humaine et donc excusable, le fait de s'obstiner dans la même erreur, malgré les évidences, devient une faute grave et donc un péché capital tel que celui de l'orgueil, de la convoitise ou de la paresse. Un demi-siècle après la crucifixion de Jésus, les habitants de Pompéi furent pétrifiés par l'éruption du Vésuve. L'activité volcanique étant inhérente à la Création divine et aux lois de la Nature, il n'y avait pas à proprement parler d'œuvre maléfique. Les souffrances résultant de cette catastrophe naturelle, comme tant d'autres autrefois, furent le résultat d'un malheureux concours de circonstances qui détruisit la ville de Pompéi parce que celle-ci était tout simplement située au pied du volcan et que ses habitants ignoraient la gravité de la menace qu'ils encourraient. Aujourd'hui, de telles situations ont totalement disparu grâce aux connaissances que nous avons acquises en vulcanologie, comme dans d'autres sciences de l'environnement, tel les émissions de CO2 résultant des activités humaines et l'effet de serre qu'ils produisent, précipitant le climat terrestre dans un réchauffement global de l'atmosphère et des océans et provoquant de la sorte nombre de nouvelles catastrophes dites naturelles, mais qui sont la conséquence directe de notre usage abusif des énergies fossiles, auquel cas nous sommes tous conscients d'être dans l'erreur, mais nous ne faisons pas encore et suffisamment ce qui doit être fait pour en sortir. Ce qui nous amène à évoquer la troisième injustice, soit et notamment celle relative à notre obstination à commettre les péchés de corruption, de convoitise et d'idolâtrie.

3) La malfaisance est la dernière injustice, et non la moindre, que chacun serait bien inspiré de craindre et combattre en permanence. Son existence est la réalité incarnée du Diable dont l'étymologie du mot signifie calomniateur, diffamateur, prince de la tromperie et du mensonge cherchant avant tout à désunir les hommes en leur inspirant la haine et la violence. Car, si l'homme peut vouloir le Bien, il peut également vouloir exactement son contraire : crimes de toute sorte et de toute motivation, terrorisme, guerres, génocides. Et, de ces trois injustices ontologiques, celle-ci est à la fois la plus douloureuse et la plus désespérante, car elle dépend directement du libre arbitre des autres comme de soi-même, ou plus globalement de l'incapacité des êtres humains à contrôler leurs plus vils instincts, indépendamment de leur niveau intellectuel et toutes classes sociales confondues. Tant que notre modèle de civilisation promouvra l'accumulation de richesses et de pouvoirs en mettant à profit le malheur de nos semblables (la guerre sous toutes ses formes est le premier créateur d'injustices au monde), nous ne sommes pas près d'en venir à bout.


En conclusion, Dieu n'a définitivement rien à voir avec le Mal. Il n'en est ni l'origine, encore moins une quelconque finalité. Et tous ceux qui prétendent le contraire sont dans l'imposture délibérée de vouloir justifier l'injustifiable en cherchant à exonérer les hommes de leur culpabilité, en les déresponsabilisant pour mieux garantir leur impunité ou, pire, leur permettre de récidiver. Dieu s'efforce d'inspirer les hommes à être aimants et bienveillants les uns envers les autres, de même qu'envers le Vivant et la Création, et à combattre toutes les forces adverses qui s'opposent à son dessein, même s'il faut en passer par une guerre inéluctable, mais nécessaire, la seule qui vaille le sacrifice suprême (Ap 2:10, 12:11) parce qu'elle se mène au nom de la Liberté et contre toute forme d'oppression et d'asservissement. Mais, du fait de leur libre arbitre, les hommes sont hélas tentés de se détourner de ses Commandements et de les violer en toute connaissance de cause, surtout si leurs auteurs se savent à l'abri des conséquences désastreuses et mortifères qui ne manqueront pas de s'abattre sur des victimes innocentes. Si l'argument de l'existence du Mal fait apparemment échec à la croyance en un Dieu bienfaiteur, elle révèle dans son creux un fait incontesté et incontestable qui est la réalité terrestre et pérenne de l'incarnation du Diable dans les sociétés humaines. À l'aune des souffrances endurées par ce monde, si Dieu peut être envisagé par d'aucuns comme une hypothèse, le Diable, lui, est une certitude. Et, cette seule certitude doit amener à considérer qu'elle fut l'une des causes, si ce n'est la condition nécessaire et suffisante, qui rendit et rend encore et plus que jamais la croyance en un Dieu bienfaiteur indispensable, bien au-delà d'ailleurs de l'angoisse basique suscitée par notre propre finitude. C'est, je crois, la conviction profonde que devait partager Moïse, après quarante jours, en redescendant du Mont Sinaï avec, dans ses bras, les Tables de la loi. Au fond, le raisonnement inversé et sous-jacent à la théodicée nous révèle que c'est parce que le Mal existe qu'il faut absolument croire en Dieu, emplis de toute conscience et lucidité que requiert cet acte de foi, car il est écrit : L'Éternel te gardera de tout mal (Ps 121.7).

Quand le divin se substitue au mauvais sort...

Bien qu'écrite et composée par le musicien de country Don Gibson en 1958, le titre «I can't stop loving you» fut reprise par une kyrielle d'artistes dont Ray Charles qui l'enregistra en 1962 en RnB, y ajoutant des chœurs féminins baptisés Les Raelettes. Vingt ans plus tard, Paul McCartney et Stevie Wonder chantèrent en duo le titre «Ebony and Ivory» faisant référence aux touches noires et blanches d'un clavier si indispensables à l'harmonie d'un piano, tout comme celle qu'il faut pouvoir sauvegarder dans une société multi-ethnique et culturelle, ce que la présidence de Barack Obama a su faire en invitant les deux artistes à la Maison Blanche en 2010.
             

Je pardonne (pero recuerdo todo)

Zaz nous apporte en cette année 2025 une nouvelle chanson au devenir "monumental" sur le délicat sujet du pardon. Sa magnifique interprétation (en live sur Europe 1) ne doit pas éclipser pour autant son véritable auteur qui est un jeune artiste belge répondant au nom de Noé Preszow et dont la précocité à la belle écriture est remarquable. Enfin, on ne résiste pas à l'envie de réécouter le duo magique de l'Américain Ben Harper (spécialiste de guitare lapsteel ou slide hawaïenne) et de la Brésilienne Vanessa da Mata qui, en 2008, sur le thème du complexe amoureux, nous ont envoûtés avec leur titre "Good Luck/Boa Sorte"
             

_____________________________________

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

N'hésitez pas à laisser un commentaire, de préférence non anonyme ! Merci de votre compréhension !