Faux sosies et vrais imposteurs
Dans le film "Podium" sorti en 2004 et réalisé par Yann Moix, Bernard Frédéric (Benoît Poelvoorde) surfe sur le mythe du chanteur Claude François décédé en 1978 en tentant de redevenir à l'occasion d'un concours télévisé son meilleur sosie parmi d'autres concurrents. Sa femme (Julie Depardieu) ne l'entend pas de cette oreille et fait appel à un psychothérapeute qui, espère-t-elle, pourra raisonner ce mari fantasque de renoncer à ses vieilles passions perturbant par trop l'ordre familial. Hélas, la séance de psychothérapie ne se passe tout à fait comme prévu.
Retour dans le Jardin d'Eden
Philippe Gougler et son émission Des trains pas comme les autres nous fait la démonstration au détour d'un chemin de traverse que le Jardin d'Eden existe bel et bien sur notre Terre. Il suffit juste de voyager, observer et s'intéresser au mode de vie de nos autres congénères que le smartphone n'a pas encore dévoyés. Grâce à leurs vertus de sagesse et d'humilité, ceux-ci ont su préserver dans leur existence cette harmonie originelle qui devait exister dès l'aube de l'humanité entre les hommes, la terre et les animaux, avec en la circonstance l'emploi parcimonieux et inoffensif d'une simple fronde.
My sweet Lord...and the hard way to reach You.
Georges Harrison était la troisième roue du carrosse Rolls-Royce de la Beatles mania. Il composa moins de chansons que les deux illustres fondateurs (John Lennon et Paul McCartney), mais c'était le plus oriental des quatre qui apporta au répertoire de nouvelles vibrations (par ex. Within you without you, issu de l'album Sgt. Perppers') tournées vers la spiritualité d'où qu'elle vienne. Dans "My Sweet Lord", sorti en 1970 quelques mois après la dissolution du groupe, George Harrison reprit le style musical du gospel et fit cohabiter des chants chrétiens et mantras indouistes, incitant le public à se joindre à une chorale œcuméniste. Mais, cette œuvre musicale n'est pas aussi vierge qu'il n'y paraît. Dès sa sortie et son immense succès, "My Sweet Lord" fut attaqué en justice pour plagiat par la maison disque Bright Tunes qui, sept ans, plus tôt, avait produit un groupe afro-américain féminin "The Chiffons" chantant en style "yéyé" le titre "He's so fine" écrit par Ronnie Mack. Lors du procès en 1976, Harrison se défendit d'avoir voulu copier "The Chiffons" et jura que son inspiration lui vint d'un chant chrétien tombé dans le domaine public, soit le fameux "Oh happy day" (Fallait oser!). Finalement, le tribunal, dont le juge avait une bonne oreille, statua qu'il y avait bien plagiat, mais que celui-ci fut "inconscient", c'est-à-dire sans retenir une intention malveillante du chanteur. Il n'en demeure pas moins que ce dernier fut condamné à verser 1,6 millions de dollars au plaignant. Mais, le monde du showbiz n'étant pas moins un panier de crabes que tout autre, un ultime rebondissement fit fondre cette manne inespérée. En effet, Allan Klein, l'ancien manager véreux des Beatles, racheta en douce Bright Tunes pour empocher l'argent du procès. Il fallut des années de procédures judiciaires supplémentaires pour faire reconnaître la trahison d'Allan Klein et sa mauvaise foi. Et, c'est finalement Harrison qui racheta l'entièreté des droits de la chanson originelle dans tous les pays.
Si John Lennon fut assassiné en 1980, peu se souvienne que George Harrison perdit prématurément la vie en 2001 à la suite de graves conséquences sur sa santé causées par une agression nocturne perpétrée à son domicile d'Oxford le 30 décembre 1999. Réveillé en pleine nuit par un intrus, Harrison se retrouva face à son agresseur, Michael Abram, qui hurla et brandit un couteau de cuisine. Gardant son sang-froid, Harrison tenta de calmer l'intrus en criant à haute voix le mantra Hare Krishna, exhortant à la paix et à l'amour universels. En vain. Une lutte s'engagea où Harrison fut poignardé à plusieurs reprises au niveau du thorax. C'est finalement grâce au soutien de son épouse, Olivia, que l'agresseur fut maîtrisé par le couple. Devant la police, Abram motiva son agression en déclarant avoir été possédé par le chanteur. Il était convaincu que l'ex-Beatles représentait l'Antéchrist et que Dieu l'avait envoyé pour l'exécuter. En fait, il fut établi qu'Abram était dans un délire psychotique provoqué par sa consommation de drogues. Lors de son procès en 2000, il fut déclaré non coupable pour cause d'aliénation mentale au moment des faits. Il fut interné à vie dans un hôpital psychiatrique de haute sécurité, mais son traitement médical lui permis de recouvrer rapidement sa liberté dès 2002. Quant à George Harrison, profondément traumatisé et diminué physiquement par les stigmates que lui ont laissés cette nuit d'horreur, le chanteur, déjà traité pour un cancer de la gorge, vit sa maladie récidiver sans rémission et s'éteignit le 29 novembre 2001 à l'âge de 58 ans.
Machine à brouillard
La Machine à brouillard est le titre d'un roman écrit par un illustre inconnu (Ken Kesey) et paru en 1962. Il fut joué au théâtre par l'acteur Kirk Douglas, mais la pièce passa inaperçu jusqu'à ce qu'un réalisateur tchèque nommé Milos Forman en fit en 1976 l'une des œuvres cinématographiques les plus récompensées, recevant notamment cinq Oscars, six Golden Globe et 1 César du meilleur film étranger. Il s'agit bien évidemment de Vol au-dessus d'un nid de coucous (One Flew Over the Cuckoo's Nest) qu'on aurait dû traduire par "Bienvenue chez les frappadingues !" ou encore "Un intrus chez les fous". Mais, à la différence du français, le coucou revêt en anglais un double sens: le volatile qui se permet de squatter le nid des autres en occupant une place qui n'est pas la sienne, mais aussi un type cintré ou cinglé. Jack Nicholson y joue le rôle de Mc Murphy, un délinquant des plus ordinaires qui, espérant échapper à la prison et se croyant plus malin que le système carcéral, décide de se faire passer pour un fou. Sa normalité lui fait très vite comprendre de quelles façons fonctionne l'institution psychiatrique de l'intérieur et que ceux qui sont internés n'ont pas d'autre choix que de se soumettre aux règles disciplinaires et aux thérapies de l'infirmière en chef, Miss Ratched (Louise Fletcher), qui campe le personnage d'une femme dépourvue d'empathie, psychorigide, voire inhumaine. C'est à cette figure de la psychiatrie que Mc Murphy va se heurter. D'un tempérament sympathique et jovial, il parvient à influencer les autres internés et leur faire prendre conscience de la liberté dont on les prive abusivement par conditionnement psychologique et chimique. Mais, il comprend aussi que s'il n'organise pas rapidement son évasion, son subterfuge de passer pour un fou se retournera contre lui et risque de lui faire perdre pour toujours sa liberté, la camisole chimique s'avérant bien plus redoutable et irrémédiable que celle des barreaux. D'origine tchèque, le réalisateur compara l'institution psychiatrique représentée dans le film à celle de la dictature communiste de son pays durant la guerre froide: un monde liberticide et oppressant. À tel point qu'il déclara: «À quel moment un individu qui met en cause l’autorité cesse-t-il d’être un héros et devient-il un fou ? Et vice et versa ?»
Hommage à Ella Fitzgerald (1917-1996)
Il y a trente ans s'éteignit la "Grande Dame du Jazz". Avec Louis Armstrong, elle fut la première interprète de scat improvisé jouant avec une tessiture de voix à trois octaves. Cette façon de transformer sa voix en un simple instrument de musique lui vint, paraît-il, à l'occasion d'un trou de mémoire qui lui fit oublier les paroles de l'œuvre originale (L'Opéra de quat'sous de Bertolt Brecht) pour les remplacer par de simples onomatopées rythmiques au cours d'un récital à Berlin en 1960. Ici, on la retrouve dans son interprétation "It don't mean a thing" (Ça ne vaut rien...sans swing) avec Duke Ellington au piano. Michel Berger et France Gall lui rendirent hommage de son vivant en lui dédiant une chanson éponyme parue en 1987 et reprise, ci-dessous, dans la comédie musicale "Résiste !" qui performa en 2016.
Renaud: Le chanteur rebelle au cœur tourmenté
Dans un documentaire récent intitulé "À cœur perdu", les proches de Renaud évoquent pour la première fois les causes réelles de son alcoolémie passée. Jusqu'à présent, l'artiste n'avait fait qu'effleurer ce sujet délicat dans l'une de ses compositions intitulée Docteur Renaud, Mister Renard" lorsqu'il fredonnait: "La parano et le cafard ne lui inspirent que des idées noires". Mais, du fait d'une histoire familiale contrariée par la Seconde Guerre mondiale (comme nombre de Français), de ses engagements politiques qui créèrent en lui plus d'ennemis imaginaires que réels, d'un possible attentat qui causa la mort de son pote Coluche, d'un concert à Moscou manipulé par le KGB, le chanteur s'est peu à peu laissé gagner par des délires paranoïaques «en secteur». Paradoxalement, la maladie atteignit sa phase aigue lorsque le chanteur, pour la promotion de son album "À la belle de mai", fit un pèlerinage à Cuba pour se retrouver dans les pas du révolutionnaire Ernesto Che Guevara. À compter de ce jour, l'alcool devint son seul soulagement pour effacer ses démons et l'apaiser, non sans l'avoir affecté irrémédiablement dans sa santé. Il n'existe plus noble cause que de se battre contre les injustices de ce monde, même si chaque combattant face à cette adversité permanente risque tôt ou tard d'y laisser des plumes, d'en subir de profonds stigmates et parfois même d'endurer le sacrifice suprême. Telles ces innombrables victimes causées par toutes les guerres du genre humain et auxquelles la chanson "La médaille" rend un hommage vibrant interprété en la circonstance par Noé Preszow.
Tu seras un homme mon fils, sinon un vaurien.
Inspiré du poème de l'écrivain britannique Rudyard Kipling écrit en 1895, puid traduit librement par l'écrivain André Maurois en 1918, "Tu seras un homme, mon fils" est déclamé ici par l'artiste et militante féministe Marion Séclin, également autrice de plusieurs ouvrages tels Girl Power ou Tout lâcher. Et, si les viols civils sont condamnés par la justice, il convient de rappeler que les viols commis en temps de guerre le sont rarement. En 2000, dans son album "Esco di rado et parlo encora meno" Adriano Celentano, marqué par la barbarie de la guerre des Balkans, écrit le titre Il figlio del dolore qu'il interprète en duo avec la chanteuse Nada Malanima, mettant en scène un dialogue entre une femme victime de viol et son bourreau, pouvant parfois se poursuivre entre une future mère et cet enfant conçu dans la douleur après l'avoir mis au monde.
Sur un ton plus léger, car l'humour demeure le seul antidote qui soit propre à l'espèce humaine et lui permette de résister aux nombreuses épreuves et injustices qu'elle s'inflige, on se lasse pas de revoir l'humoriste Alison Wheeler dans un extrait de son spectacle La promesse d'un soir, de même que tout récemment dans sa prestation remarquée, pleine d'audace et d'inventivité qu'elle a offerte au cours de la dernière cérémonie des Césars animée en la circonstance par le comédien Benjamin Lavernhe.

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