30 octobre 2026

Vague scélérate à l'âme : Entre désespoir, incertitudes et espérance


Voilà un titre le moins offusquant possible pour tenter de parler d'un sujet aussi tabou que perturbant qui est celui du suicide, de sa place dans nos sociétés actuelles et de son évolution. Nul doute que ceux qui y songent le plus souvent sont les personnes atteintes par le grand âge qui chaque matin que Dieu fait doivent encore se poser la question du sens et de la nécessité de poursuivre leur existence, a fortiori quand on est atteint de maladies chroniques incurables, qu'on ne puisse pas en atténuer les souffrances, qu'on se sent diminué physiquement et moralement sans toutefois perdre son discernement. Car, s'il y a un moment "propice" à s'interroger sur notre finitude et le rapport que l'on entretient avec la mort, c'est bien au détour du stade de notre vie où se présente la dernière ligne droite, ce qui n'est pas le moindre des privilèges si on y est parvenu, tant la vie réserve en ce bas monde des lots d'obstacles et de malheurs parfois fatals s'ils ne sont pas surmontés. S'inspirant du Mythe de Sisyphe, Albert Camus estime que le suicide (et donc la mort au sens ontologique) est la seule question fondamentale qu'il convient de résoudre en philosophie : Être en mesure de juger soi-même si notre vie vaut ou ne vaut pas (ou plus) la peine d'être vécue. Dans la Bible, le suicide n'est jamais cité, mais il est évoqué notamment dans l'Ancien Testament pour narrer la fin tragique de personnages qui se sont humiliés par leur défaite ou ont trahi. Il en fut ainsi de Judas Iscariote qui, après avoir vendu Jésus, a rendu cet argent qui l'a corrompu, puis va se pendre (Mathieu 27:5). Selon le sixième Commandement "Tu ne tueras point", la théologie considère que le suicide est un péché, car la vie humaine étant sacrée, cette interdiction s'applique également à soi-même. C'est évidemment une loi divine intangible qu'on ne saurait enfreindre à la légère comme c'est souvent le cas chez les jeunes ou les adultes dans la force de l'âge poussés soudainement au désespoir par leurs "cons-génères" et leurs sordides complots destinés à rejeter, harceler et calomnier leurs semblables. Ces soi-disant moralistes sentencieux n'aspirent en fait qu'à la mort sociale (si elle n'est pas physique) de celui qui dérange le troupeau par sa singularité ou son anticonformisme, là où le bêlement des moutons de panurge doit rester invariablement le même. Socrate qui fut condamné à mort pour ses idées l'a appris à ses dépens en préférant se suicider plutôt que d'endurer la souffrance physique et l'humiliation d'une exécution publique. Car, il en va ainsi des croyances populaires et religieuses qui considère la mort comme une rétribution suprême qui équivaudrait à la peine capitale selon ce que l'eschatologie judéo-chrétienne préfigure de l'Après-vie. Mais, en est-on vraiment sûr si personne n'a de certitudes sur ce qui se passe après la mort ?  Pourtant, la philosophie a beaucoup à nous apprendre sur ce thème aussi éternel que la vie. L'écrivain et moraliste Montaigne n'affirme t-il pas que philosopher c'était d'une certaine façon apprendre à mourir ? S'inspirant des présocratiques, Platon (428-348 av. JC) évoque déjà dans son ouvrage La République le cycle des renaissances et le concept de métensomatose qui postule que si l'âme de chaque être est éternelle, sa pérennité passe forcément d'un corps à un autre. Trois siècles plus tard, Le Christ se veut encore plus précis (Jean 5.20-29): «En vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit en celui qui m'a envoyé, a la vie éternelle. Il ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie.» Quant au philosophe gréco-romain et néoplatoniste Plotin (205-270), il dira de la métensomatose qu'elle correspond à une réincarnation dans un autre corps humain. Au fond, on peut en déduire que la métensomatose est à la philosophie ce que la résurrection par la chair est au christianisme. Passée cette étape de démystification, la question de sa propre finitude et du suicide peuvent s'appréhender avec un peu plus de sérénité pour ne pas en venir, comme le met en garde Camus, à se tuer pour de mauvaises raisons parce qu'on serait dépassé par la vie et qu'on ne la comprendrait pas. Car et quoi qu'on en dise, aux certitudes erronées que l'on prête à la mort, il vaut mieux toujours choisir les risques de la vie. Pour les autres (et seulement eux), l'éventualité même du suicide peut être vécue comme une consolation, un soulagement, comme l'écrit Emil Cioran, auteur connu pour son indécrottable pessimisme et son ironie de l'absurde dans Syllogismes de l'amertume: «Sans la possibilité du suicide, je me serai tué il y a longtemps.» Ou, encore, «Il ne faut pas se tuer tout de suite s'il y a encore quelqu'un à décevoir.» Précédant d'un siècle les mouvements citoyens revendiquant le droit de mourir dans la dignité, notamment grâce à une dépénalisation de l'assistance au suicide, Friedrich Nietzsche va jusqu'à évoquer dans son ouvrage Ainsi parlait Zarathoustra l'idée d'une mort choisie et opportune par ce mantra: «Meurs au bon moment !» Car, commettre prématurément l'irrémédiable en étant convaincu de quitter définitivement ce monde difficile par nature et donc forcément honni pourrait s'avérer être d'une grande illusion et surtout un regrettable malentendu.

16 octobre 2026

Cardialogues : Confession d'un malfaiteur agissant en bande organisée (2/2)


Savez-vous qu'au moment de la conception d'un embryon, la première cellule qui se crée après la rencontre du spermatozoïde avec son ovule est celle d'une cellule cardiaque ? C'est elle qui permet à la vie de prospérer, tout comme c'est elle qui par le phénomène d'apoptose ou de mort des cellules signe le vieillissement de l'individu et son déclin plus ou moins lent ou rapide selon les traitements que nous autres médecins décidons d'administrer à nos patients. Élevé par un père plombier, je me suis destiné à la cardiologie car j'ai toujours pensé que le système cardio-vasculaire d'un individu et ses maladies pouvaient s'apparenter à des problèmes de plomberie qui se bouche et se débouche selon les circonstances, l'état de santé de l'individu, son hygiène de vie et les moyens chirurgicaux qui permettent d'intervenir sur les vaisseaux sanguins, à la différence toutefois que leurs conduits ne sont pas fait de plomb, mais de cellules vivantes qui par définition supportent mal tout contact avec des corps étrangers qu'on implante comme ces stents métalliques qui sont censés débouchés les artères, coronaires ou vaisseaux de toute sorte pour permettre au sang de continuer à circuler et apporter les nutriments et l'oxygène nécessaires aux organes. C'est ainsi que je ne suis spécialisé dans le domaine de la cardiologie interventionnelle, un domaine toujours plus lucratif dès lors que l'augmentation moyenne de l'espérance de vie accroît toujours plus les risques d'athérosclérose qui, pour faire simple, équivaut à la maladie de la tuyauterie bouchée qui forcément par l'effet du temps et de l'usure devient inéluctable pour chaque spécimen. Néanmoins, ce processus morbide peut s'avérer plus ou moins rapide selon les individus, leur génétique et leur hygiène de vie, pas seulement physique, mais également familiale ou sociale. En effet, j'aime à croire que le droit à vieillir en bonne santé et donc d'être soigné correctement, ou même continuer de vivre, n'a rien d'un droit acquis personnel. Contrairement aux idées reçues, il ne dépend pas du paiement régulier de vos primes d'assurance-maladie tout le long d'une vie (aussi chères fussent-elles), ni du bon accomplissement de votre devoir de citoyen qui se voudrait irréprochable (mais qui l'est vraiment ?), ni de valeur comme le courage, l'honnêteté, le travail et la persévérance qui à mon goût sont toutes relatives et n'ont pas à être récompensées. Non ! Le seul critère déterminant à mes yeux est celui de la réputation que s'est faite un patient auprès de ceux et celles qui le connaissent: ses proches, ses collègues ou toute personne prompte à diffamer et à laquelle je suis tenu par le secret médical, mais aussi par des avantages pécuniaires que la morale réprouve. Tel est mon adage: Primum non nocere, nisi corruptus, qui, inspiré d'Hippocrate, est le serment hypocrite du médecin qui, certes, ne doit jamais nuire, sauf à être corrompu. C'est là que réside mon vrai pouvoir, celui dont j'use et abuse, soit juger qui de mes patients je soigne ou je condamne. Et pour cette sentence de vie, de sévices physiques et psychologiques, ou de mort prématurée, je n'ai besoin de rendre de compte à personne, ni à la justice des hommes qui protège l'honorable citoyen que je suis, ni à Dieu que je n'ai nulle raison de craindre au vu de l'impunité que mes congénères, juges, magistrats et avocats, m'octroient et qui atteste au demeurant d'une totale impuissance supposée divine à m'empêcher d'agir comme bon me semble. À titre d'exemple, je me souviens du patient L. venu en consultation dans mon cabinet et qui souffrait de dyslipidémie (excès en cholestérol) pour la simple et bonne raison que son médecin traitant lui mentait sur ses résultats sanguins depuis des années et ne lui donnait pas la posologie adéquate en statines, à une époque par ailleurs pas si lointaine où les producteurs de l'émission 36,9 furent instrumentalisés par les lobbies de la cardiologie, comme en témoigne la diffusion de leur reportage intitulé "Cholestérol, un business qui rend malade" (lire l'article: Le reportage crassement infox du magazine médical 36,9 de la RTS). En tant que cardiologue, j'aurais dû rectifier cette faute à temps et éviter ainsi toutes complications futures. Mais, entre confrères, la règle tacite et opportune est de ne pas marcher sur les plates bandes de l'autre, toute autre considération liée à la prévention ou à l'économicité des coûts de la santé étant secondaire, parce que contraire à nos intérêts. Comme il faillait s'y attendre, l'état de santé de L. se dégrada au fil des ans. Si bien qu'un beau jour, il vint à mon cabinet en vue de procéder à des examens complémentaires. Je lui proposa de faire une coronarographie afin d'examiner par imagerie s'il existait des rétrécissements importants (sténoses) de ses artères coronaires. Comme il s'agissait d'un examen intrusif (perforation du poignet afin d'introduire une sonde au niveau du cœur), il me demanda si d'autres examens moins risqués existaient. Je l'invita à faire un scanner cardiaque qui ne put aboutir en raison d'une calcification précoce et importante de ses artères, ce qui rendait impossible la mise en évidence de sténose par injection du produit de contraste. L. se résolut finalement à accepter la angiographie proposée, mais refusa de donner son consentement à toute angioplastie ou pose de stent.


02 octobre 2026

Complots, complotisme et désordres séculiers (1/2)


Y a t-il des organisations secrètes qui, se jouant de la Constitution, des lois et de l'État de droit, fomentent sous le vernis de la démocratie des conspirations ?

Le complot est à la dure réalité ce que le complotisme est au délire fantasque, le premier se servant parfois du second comme paravent pour ne pas être découvert. À l'inverse, le complotisme, en dépit des intentions crédules et naïves de ses relais ou "idiots utiles", ne fait que desservir la recherche de la vérité et s'utilise comme une arme de propagande pour faire diversion et atteindre des objectifs de nature politique et économique connus de ses seuls instigateurs. Imaginer des complots partout ne fera jamais avancer la cause de ceux qui, attachés aux valeurs démocratiques, veulent ardemment débusquer les vrais complots, ceux qui s'organisent dans des alcôves conspiratrices, au sein de cercle secret et factieux détenant le pouvoir, mais s'arrogeant des passe-droits contraires à la Constitution et aux lois qu'ils sont censés sauvegarder dans un ordre juridique qui se doit de respecter l'État de droit et ses Institutions. Ces complots là sont réels et n'ont rien à voir avec les agitations d'une bande d'illuminés qui crient au scandale contre une vaccination nécessaire pour stopper la propagation d'une maladie contagieuse ou qui accuse de façon calomnieuse les dirigeants d'un parti démocratique d'être à la tête d'un réseau pédophiles. À part créé le chaos et la confusion générale, le complotisme qui se revendique d'une certaine liberté d'expression ne produira jamais rien d'intéressant. Pire, en érigeant la calomnie en système de pensée et d'action (suivez mes éditos !), il devient une menace pour les vraies démocraties. C'est là le grand paradoxe de cette liberté d'expression qui, à force d'être anonyme et usée à tort et à travers, devient un redoutable poison, tant du point de vue individuel qu'à l'échelle d'une société dite démocratique. Passé ce préambule, on peut en déduire que le complot se niche plus souvent qu'on l'imagine dans les sphères légales du pouvoir. C'est sa caractéristique propre qui, à l'inverse des organisations criminelles, revêt l'onction d'une autorité conférée par la loi et dont le détenteur mésusera ou abusera par action ou omission, le plus souvent soit parce qu'il en retire un enrichissement illicite (corruption ou prévarication avec avantage pécuniaire ou en nature), soit parce qu'il se conforme à des règles soi-disant déontologiques émanant d'un ordre séculier, comme celle à caractère mafieux qui interdit toute critique des affidés entre eux, ce qui ne manque pas de favoriser toute sorte d'abus et ententes illicites, tel les confréries et dont les plus connues et influentes aux temps actuels sont celle des médecins et des avocats qui, soi dit en passant, obligent chaque mandant personnellement à ne jamais violer le secret professionnel reçu de leurs patients ou clients, à moins d'y avoir été expressément autorisés par ces derniers.


18 septembre 2026

Avions de combat F-35 : Chronique d'une adjudication truquée et du plus phénoménal déni de démocratie directe

Avions de combat F-35: Le seul gagnant possible
Avions de combat F-35: Le seul gagnant possible

Lorsque j'écrivis mon dernier article sur l'armée suisse qui voulait durcir l'accès au Service civil faute d'enthousiasme de notre jeunesse de se lancer dans un service militaire (lire l'article, Durcissement du Service civil: L'Armée suisse en mauvais joueur), je croyais avoir mis en exergue les principales incuries que cette armée et ses dirigeants avaient commis ces dix dernières années pour en être arrivé au point où une bonne partie de la population, notamment les Romands, n'ont plus vraiment confiance dans l'institution et de ceux qui la représentent. Je m'aperçois qu'avec l'achat des avions de combat F-35 auprès de la firme américaine Looked Martin, j'étais encore loin du compte et en-deçà de la réalité telle qu'elle s'égraine aujourd'hui dans les médias pour narrer à quel point cet achat qui fit l'objet d'un référendum approuvés à 50,1% par la population suisse en 2020 était entaché de fausses informations et promesse, notamment celle de la Conseillère fédérale Viola Ahmerd qui avait garanti publiquement un prix fixe par avion, promesse qui s'est avérée illusoire et aurait pu faire basculer l'issue de ce vote vers un refus populaire du budget militaire mirifique demandé. À écouter les politiciens et autres commentateurs concernés, on se demande aujourd'hui comment un tel pataquès a pu se produire entre le Département militaire, l'Assemblée fédérale, l'Office fédéral de l'armement (Arma suisse) et les États-Unis. Sont-ils tous réellement des amateurs ou y a t-il des escrocs voltigeurs suffisamment habiles pour être passés entre les mailles de la justice ? D'ailleurs, s'agissant d'une dépense publique de cette importance, on doit d'abord s'étonner que celle-ci fut exemptée de respecter la loi fédérale sur les marchés publics qui par principe lorsqu'elle est scrupuleusement respectée par l'Administration permet d'éviter tous ces prétendus malentendus, mensonges, absence de transparence et de voies de recours. Hélas, au titre de dépenses militaires, c'est un autre régime légal qui s'applique décidé en l'espèce par le Conseil fédéral et le Parlement et que ces derniers baptisèrent Air2030. Cette procédure d'évaluation pour le choix du futur avion de combat devait obligatoirement respecter les règles suivantes :

  • Une mise en concurrence formelle entre quatre constructeurs (Eurofighter pour Airbus, Rafale pour Dassault, F/A-18 Super Hornet pour Boeing et F-35A pour Lockheed Martin).

  • Le respect des principes directeurs de l'activité administrative : égalité de traitement entre candidats, transparence des critères d'évaluation, efficience économique et traçabilité des décisions.

  • Des règles spécifiques d'acquisition de gouvernement à gouvernement (Government-to-Government via le mécanisme américain FMS)

Or, selon le Contrôle fédéral des finances (CDF) et la Commission de gestion du Conseil national (CdG-N), Arma suisse,  chargé de respecter cette procédure, commit de graves manquements à ses obligations d'équité et de rigueur :

  • Rupture d'équité sur le prix : Les constructeurs européens remirent en toute transparence des offres soumises à des règles de révision des prix ou d'inflation compréhensibles. En acceptant une prétendue «garantie de prix fixe» américaine — pourtant incompatible avec la loi américaine du Foreign Military Sales (FMS), ce que le département militaire ne pouvait ignorer,  Arma suisse faussa délibérément la comparabilité financière entre les offres soumises pour avantager irrégulièrement le F-35 qui profita à la faveur de "négociation" contraires aux règles d'équité de sous-évaluer en apparence seulement son prix de deux milliards de francs par rapport à ses concurrents.
  • Défaut de traçabilité et négociations parallèles : Les commissions parlementaires ont pointé des contacts informels, des échanges par simples e-mails et l'absence de procès-verbaux formels sur des points déterminants de l'accord financier, ce qui ne pouvait que nuire à dessein à la transparence nécessaire aux fins de vérifier la régularité du processus d'adjudication.
  • Secret excessif autour de la matrice de sélection : Le Tribunal administratif fédéral (TAF) dut contraindre Arma suisse à lever le secret sur les 79 critères et pondérations utilisés, l'Office ayant dissimulé des aspects clés de son barème au public et au Parlement.

04 septembre 2026

Neutralité suisse: La crise nostalgique de Christophe Blocher

Après la Corée du Nord, l'Iran, bientôt la Suisse ?
Refuser de soutenir une Europe démocratique ? Telle est la question.

Le tribun de l'UDC n'a guère apprécié que la Suisse se range du côté des sanctions économiques prises par l'UE contre la Russie à la suite de la guerre d'agression décidée par le despote du Kremlin contre sa cousine l'Ukraine et dont personne encore n'en voit la fin alors que le nombre de victimes civiles et militaires a dépassé  le million de tués et blessés. On savait son parti profondément europhobes. Non pas au sens économique du terme bien évidement, car les pays de l'UE demeurent le premier marché pour les exportations helvétiques (pas folle la mouche), mais au sens strictement politique, si tant est que dans un domaine comme la neutralité on puisse réellement séparer sur le long terme la politique d'une économie qui se voudrait alors totalement amorale. Car, on l'a bien compris, si l'UDC aime l'euro, elle n'entend nullement épouser les valeurs politiques de l'UE et veut pouvoir jouer à fond le business opportuniste quand et comme cela lui chante. Ainsi, la population suisse a pu goûter amèrement ce que cette farouche indépendance lui à coûté ce jour de 2025 où Donald Trump décida de taxer les seules exportations suisses à hauteur de 39% au lieu des 15% retenus pour l'ensemble des pays membre de l'UE (lire article: Trump, du prix Nobel de la vulgarité au racket du siècle...?). Mais, plutôt que d'assumer cette déconvenue stratégique majeure et en tirer de nouvelles conclusions, on a vu ses politiciens en remettre une couche, courber l'échine devant le président américain, cherchant absolument à sauver les meubles, en flagorneries et petits cadeaux de toute sorte, comme au bon vieux temps des colonies, lorsque les colonisés s'agenouillaient aux pieds de leurs impérateurs pour les baiser afin d'obtenir faveurs et prébendes de toute nature ou quantité. Si le prix de cette neutralité est celui-là, de deux choses l'une: Ou Christophe Blocher commence à saupoudrer les fraises et ne comprend plus rien à rien en matière de géopolitique actuelle, ce qui ne peut être exclu au vu son âge avancé, mais, dans ce cas, que fait son entourage? Ou c'est un très grand nostalgique de la Suisse de naguère, souvenez-vous, celle qui commerçait avec le régime d'apartheid en Afrique du Sud, qui blanchissait le pognon sale contenu dans les sacoches des plus grands dictateurs et prévaricateurs de ce monde, qui collaboraient avec les nazis en aidant les banques suisses à planquer l'or et les biens spoliés et en soutenant l'économie de guerre du IIIème Reich jusqu'à ce que les alliés finissent par mettre le holà à cette soi-disant neutralité helvétique d'antan si chère à son cœur.


Bien ouais, la neutralité "stricte" de Christophe Blocher c'est aussi et surtout tirer le Diable par la queue tant que ça rapporte et que cela ne se voit pas trop. De ce point de vue là, on comprend aisément que pour Christophe Blocher les sanctions économiques de l'UE reprises par la Suisse sont autant d'opportunités gâchées de faire de l'argent facile partout en Russie, tout simplement en court-circuitant l'embargo européen, et de surcroît se montrer déloyal en prenant la place de pays "amis" qui par convictions démocratiques et solidarité morale envers l'Ukraine ont su faire preuve de détermination en cessant tout commerce avec l'assaillant et en s'opposant clairement à sa politique belliciste. A contrario de ce que font certains États voyous, sans foi ni loi, comme par exemple la Corée du Nord de Kim Jong-un ou l'Iran des Gardiens de la révolution. Exit donc les sanctions décidées par l'U.E. Car, pour Christophe Blocher, la Suisse ne doit reconnaître que celles votées par l'ONU qui soudainement trouve grâce à ses yeux, au moment précis où les États autocratiques sont devenus majoritaires en son sein et sont directement responsables de l'impuissance onusienne à favoriser la paix dans le monde et mettre au ban de l'ordre international ses mauvais élèves. Au fond, ce probable dernier combat de Christophe Blocher (peut-être celui de trop) ne trahit-il pas le rêve inavouable de cet ancien Conseiller fédéral et fils de pasteur, celui du péché d'orgueil de faire de sa patrie un pays dont les seules valeurs qui comptent vraiment sont d'offrir aux plus malins le droit de s'enrichir sans états d'âme sur le malheur des autres, dût-il donner de la Suisse la piètre image d'un pays figé, nombriliste et empêtré dans des références politiques d'un autre âge, comme celui du XIXème siècle. À l'instar du Chef de guerre Vladimir Poutine qui, pour regagner la flamboyance de l'Empire tzariste perdu, rumine sa revanche personnelle pour faire de sa guerre en Ukraine une monstrueuse DeLorean (voiture spatio-temporelle du film Retour vers le futur) qui, depuis quatre ans, est conduite par la fierté débile d'un coq sans tête qui forcément n'ira nulle part, sauf à tuer un maximum de gens, engendrer haine, violence et désolation, mais ne fera jamais rien ressusciter du passé, sinon la barbarie humaine. Et ce maudit Doc Poutine, ayant compris tout l'enjeu de cette votation insolite au cœur de l'Europe, ne loupe pas une occasion de soutenir le richissime trublion Blocher qui, à son tour, ne paraît nullement indigné ou même embarrassé (comble de l'ironie pour cet ancien ministre d'une démocratie directe qui se voudrait exemplaire) par une alliance contre nature avec l'inégalable grand maître de la kleptocratie qui, pour le coup, serait évidement ravi de voir la Suisse basculer du mauvais côté de l'Histoire.