Le 14 juin prochain , les électeurs helvétiques auront à se prononcer par référendum sur une loi votée par le Parlement fédéral afin de durcis les conditions d'accès pour les hommes au service civil, pour la simple, mais très discutable raison que l'armée craint ces prochaines années de manquer d'effectif, mais surtout trouve le service civil bien trop attractif. Accepté à 82% en votation populaire amendant la Constitution en 1992, le service civil suisse a de toute évidence performé durant ces trente dernières années auprès des jeunes en âge de s'engager pour un service à la communauté obligatoire : protection civile, protection de la jeunesse, agriculture, protection de la nature, assistance aux personnes âgées et aux malades. Bref, toute une kyrielle de domaines où les civilistes se sont rendus indispensables et sont désormais accueillis avec reconnaissance, sans que cela ne coûte un franc de plus à la collectivité, bien au contraire. Mais, voilà, le service civil, aux yeux de sa concurrente l'armée, serait désormais victime de son succès et donc responsable de détourner les forces vives du pays au détriment de notre armée de milices. À qui la faute ? Certainement pas au service civil qui a eu l'immense tort, sans le vouloir vraiment, d'être apparemment plus attractif chez les jeunes. Et, si l'armée s'avoue inquiète et donc battue, nulle raison d'en douter. Et pour cause, car la seule question qui se pose est de se demander pourquoi est-elle si peu attractive dans un contexte géopolitique aussi instable censé la favoriser ? Et, le problème est bien celui de nos institutions qui se sont révélées impuissantes à gérer scrupuleusement le budget de cette armée, au vu des nombreux scandales financiers qui ont surgi et terni sa réputation, se traduisant fatalement par un sérieux désamour des jeunes et de ceux qui le sont moins:
Débâcle des drones israëliens Hermes
Acheté en 2015 par l'armée, ces drones se sont avérés inutilisables parce qu'incapables de voler sans dégivrage, ni de détecter d'autres aéronefs dans son voisinage. Qualifié par la presse et le Parlement de naufrage national, l'armée a dû se résigner à abandonner le projet. Coût total de ce fiasco militaire : 300 millions de francs. Si les civilistes avaient eu l'outrecuidance de gaspiller un tel montant, sans doute qu'à cette heure-ci le service civil n'existerait plus dans notre pays.
Fraudes et gouvernance scandaleuses chez RUAG
Au sein même de l'entreprise d'armement RUAG détenue à 100% par la Confédération, des enquêtes ont révélé des fraudes massives en interne, des falsifications de documents, des soupçons de corruption passive et de subventionnements croisés opaques où RUAG surfacturait à son département de tutelle, à l'époque tenu par la Conseillère fédéral Viola Amherd, pour éponger des pertes dans le secteur privé. Une partie de ces fraudes aurait pu être évitée si le département en question n'avait pas sciemment ignoré durant plusieurs années les signalements de lanceurs d'alerte.
Gouffre financier des mandats informatiques
Dès 2021, un trou de 100 millions de francs a été découvert dans le seul budget informatique de l'armée. Pour pallier son manque de compétences internes, l'armée déléguait massivement à des entreprises privées et consultants externes (parmi lesquels figuraient d'anciens hauts cadres de l'armée) des contrats juteux pouvant aller jusqu'à plus de quatre cents mille francs sur quinze mois. Le Parlement a finalement dénoncé l'utilisation abusive de l'argent du contribuable pour masquer l'incompétence de la gestion de projet en interne.
Rapports "Floraco" et "Limon"
Le premier a mis en exergue de graves dysfonctionnements dans le projet de modernisation du système de radars de l'armée. Le second est une métaphore pour désigner les cadres intermédiaires de l'armée qui bloquent systématiquement la remontée des mauvaises nouvelles vers la hiérarchie pour ne pas ternir leur réputation, mettant en péril la sécurité de l'espace aérien.
Là où le service civil vit "d'amour et d'eau fraîche", l'armée s'est autorisée par son impéritie et son incurie à balancer un milliard de francs par la fenêtre à l'insu des contribuables et de leurs élus, trou budgétaire qui précipita la démission du Chef de l'armée, Thomas Süssli, suivie de celle de Viola Amherd en janvier 2025. Comment encore s'étonner que de grandes expositions censées donner une image flatteuse de l'armée telle que Airspirit 24 furent annulées faute d'argent disponible, alors que c'est précisément (mais pas seulement) ce genre d'événement qui doit rendre l'armée plus attractive. Enfin, hors du domaine de cette gestion déloyale des intérêts publics qui caractérise notre armée en temps de paix et qui sont ses seuls véritables démons contre lesquels elle doit d'abord se battre, mais aussi et à ce titre le premier ennemi du peuple bien avant la Russie de Poutine, on ne peut s'empêcher de rappeler la condamnation par la justice militaire en septembre 2025 de treize officiers pour un bizutage d'une violence rare perpétrée à la caserne de Colombier sur des recrues, leur ayant entraîné de multiples fractures. Alors, plutôt que d'affaiblir le Service civil avec le risque de faire supporter financièrement à l'économie privée et aux particuliers une baisse probable de ses ressources humaines (c'est pas comme si les primes d'assurance-maladie étaient ridiculement basses dans ce pays), le peuple ferait mieux de retourner ce mauvais gag à son expéditeur qui, plutôt que de faire son examen de conscience, reconnaître sa gestion calamiteuse de ses dix dernières années et en tirer les leçons qui s'imposent, préfère désigner un bouc émissaire, le Service civil, pour se tirer facilement d'affaire, comme la politique politicienne sait si bien le faire en jouant sur les peurs (la guerre), le temps passé et l'oubli des scandales et de leurs causes. Au vu d'un tel bilan et à moins d'être né dans une famille de mercenaires/militaires de père en fils depuis la bataille de Marignan, quel jeune voudrait encore s'engager par temps de paix dans une armée pareille, mal gérée, ruineuse des deniers publics et si peu respectable ? Et, comme ses maux ne sont pas traités à la racine, un durcissement du service civil ne changera rien à l'affaire, si ce n'est de miner encore plus la confiance de ceux qui auront à s'engager pour l'avenir de ce pays.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire
N'hésitez pas à laisser un commentaire, de préférence non anonyme ! Merci de votre compréhension !