28 novembre 2025

Ukraine/UE : Le Bon, La Brute et Le Truand au Cheval de Troie

Le Bon, La Brute et le Truand est le titre d'un film western spaghettis
réalisé par Sergio Léone en 1966.

Nettement moins divertissant qu'un Western spaghettis, c'est «Eastern» de nouilles nauséeuses auquel on assiste depuis près d'une année confirme une nouvelle fois le paradoxe de cette administration américaine qui veut absolument mettre fin au conflit armé qui se déroule depuis près de quatre ans au cœur de l'Europe et ses vraies motivations qui n'ont rien avoir avec un quelconque respect du droit international ou même au respect de valeurs éthiques ou religieuses, en l'espèce celles qui devraient inspirer tout bon chrétien à n'accepter la paix avec son agresseur que si les principes de justice et de vérité ne sont pas sacrifiés sur l'autel de la barbarie et de la loi du plus fort. Or, le Président "KMA" s'en tape le coquillard de ces valeurs chrétiennes et humanistes pour leur préférer celles qui sont bien plus sonnantes et trébuchantes, même s'il doit vendre son âme au Diable pour peu que celle-ci vaille encore quelques roupies. Rappelons que Donald Trump a laissé passer une opportunité incroyable de décrocher sans le moindre doute et sans bakchiche déshonorant le prix Nobel de la paix lorsqu'il persuada Poutine de se rendre à Anchorage le 15 août dernier ! En effet, s'il avait décidé ce jour-là d'assigner Poutine à une résidence forcée en vue de négocier une cessation immédiate de l'invasion russe en Ukraine avec comme perspective ô combien persuasive la remise du chef du Kremlin à la Cour pénale internationale de la Haye (CPI), non seulement il aurait mis fin à la guerre en vingt-quatre heures chrono comme il s'était engagé à le faire devant son électorat MAGA, mais en plus et grâce à un stratagème aussi rusé qu'héroïque il aurait convaincu le comité Nobel qu'il était effectivement le Chef d'État le  plus digne que la Terre eût à connaitre pour recevoir la distinction suprême qui aurait fait de lui le plus grand pacificateur, sans d'ailleurs que cela ne compromette en rien son projet de faire du commerce avec la Russie, bien au contraire. Pour un fanfaron qui prétend être le meilleur négociateur au monde pour soi-disant imposer sa paix par la force, ayons plutôt la franchise d'admettre que, sur ce coup-là, il a surtout été le roi de la loose ! Hélas, on ne se refait pas quand on a des gènes aussi ataviques que les siens  et un bandit-manchot à la place du cerveau. Dans ce trio d'épouvante, Trump est, à n'en point douter, Le Truand, ce bon vieux gangster qui comme au temps de La Prohibition, se joue des lois et est prêt à toutes les compromissions, en particulier sur le dos des Ukrainiens et des Européens, du moment qu'il parvient à devenir l'Oncle Picsou (Scrooge McDuck).

Pour le reste du casting, il n'est pas nécessaire de préciser qui, de l'Ukraine ou la Russie, est La Brute. Il faut se rappeler que cette dernière est la seule puissance belliqueuse qui, dès l'origine, a cherché à déstabiliser la société et le processus démocratique ukrainien au moment de la révolution de Maïden (Révolution de la Dignité) à Kiev, suivie par une riposte armée immédiate qui fut l'invasion de La Crimée en février 2014. Voyant que l'UE et les États-Unis ne bronchaient pas ou si peu, La Brute n'a pas hésité à corrompre financièrement et militairement les premiers mouvements séparatistes du Donbass dans les provinces de Donetsk et Lougansk. Elle est bien sûr incarnée par le premier kleptocrate au monde qui n'est autre que Vladimir Poutine persécutant depuis maintenant onze ans son petit frère ukrainien pour l'empêcher d'assouvir ses aspirations légitimes visant à rejoindre l'UE, mais surtout et au vu de la filiation slave des deux peuples, pour étouffer dans l'œuf toute velléité que le modèle démocratique ukrainien pourrait susciter dans l'esprit de ses cousins en contaminant les consciences de cet encombrant voisin, mettant alors en péril le système kleptocratique mis en place par le Kremlin. Car, comme toujours, tout se joue dans la convoitise que les peuples frères entretiennent entre eux. Ainsi, les Russes n'accepteraient certainement pas que leurs cousins ukrainiens accèdent à un train de vie supérieurs aux leurs grâce à un système politique qui redistribue les richesses plus équitablement que leur pays dirigé par une kleptocratie. Et ce n'est pas le moindre des paradoxes que des politiciens occidentaux osent blâmer le régime ukrainien à la suite de scandale de corruption récemment dénoncé par ses propres institutions (ce qui démontre que celles-ci sont bien moins corrompues qu'on ne le prétend) alors que le pays tout en entier se bat en armes, souffre et meurt depuis plus de dix ans contre un régime politique qui prétend faire de la corruption et de la prévarication un modèle de gouvernance mondiale.

21 novembre 2025

USA-Chine: Le combat idéologique du vice contre la vertu ?


Donald Trump et Xi Jinping

À force de nous rabâcher sans cesse que la Chine est l'ennemi de notre système occidental et qu'elle sera le premier adversaire qui défiera les États-Unis si elle devait s'en prendre militairement à Taïwan, ne pourrait-on pas cesser un instant de diaboliser l'Empire du Milieu et de comparer objectivement les avantages et les inconvénients de ce soi-disant communisme à la chinoise par rapport à nos soi-disantes démocraties, tout en sachant que derrière ces deux visions politiques du monde se cachent des réalités bien plus complexes et paradoxales qu'il n'y paraît (lire l'article: Duel entre faucons et dragons). Comme tous les anciens pays communistes (à l'exception de la Corée du Nord), la Chine s'est engagée à se développer sur base des règles de l'économie de marché, de la libre entreprise et de la concurrence, sans toutefois que son capitalisme dit d'État n'influe en quoi que ce soit sur la règle inamovible du parti unique, soit le parti communiste chinois (PCC), qui est la seule autorité politique à exercer la puissance publique. Contrairement à nos démocraties, il n'y a donc en Chine aucune possibilité d'exprimer des idées politiques qui soient contraires, ou même différentes, de la ligne adoptée par le PCC et son chef actuel Xi Jinping. En résumé, le citoyen chinois n'est pas autorisé à penser sa vie et son bonheur autrement que dans l'idéologie poursuivie par le PCC, si tant est que les politiciens soient les mieux à même de se soucier du bonheur de leurs citoyens/électeurs. S'il ne s'en satisfait pas, il lui reste le choix d'émigrer et tenter sa chance ailleurs, ce qui n'est pas rien en soi si l'on se souvient de la politique d'émigration interdite appliquée par les soviétiques au temps de l'URSS et son infranchissable rideau de fer.

Si l'on en vient aux démocraties occidentales, chaque citoyen peut exercer le droit de choisir un parti politique plutôt qu'un autre selon ses convictions propres, mais surtout selon son appartenance à une classe sociale qui détermine pour une bonne part son éducation, son héritage économique, culturel, voire religieux. Mais, dans la pratique, l'exercice de la démocratie représentative qui est la plus répandue (exception faite de la Suisse dont le modèle est le plus abouti en matière de droits politiques directs) est soumis toujours plus à de nombreux aléas qui tiennent à la désinformation croissante et généralisée de l'électorat, à l'activisme politique des lobbies économiques, aux financements occultes des partis et aux innombrables conflits d'intérêts qui surgissent entre décideurs politiques et leurs entourages professionnels ou privés. Montesquieu était parvenu à défendre le sacro-saint principe de la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Pour parachever le modèle, il aurait fallu également penser à séparer les pouvoirs politiques de l'économie et des puissances de l'argent pour mener efficacement des politiques publiques qui servent le bien commun d'un pays, d'un continent, voire du genre humain et de son environnement. Avec nos démocraties, on est évidemment très loin du compte. Et ce n'est pas l'exemple calamiteux de la présidence américaine actuelle qui me contredira. Si l'expérience passée du communisme est demeurée une utopie, la démocratie représentative à la mode américaine est au mieux une ploutocratie qui, ces derniers temps, vire à l'autoritarisme, à l'oligarchie, voire au fascisme. Mais, trêve de discours théoriques! Essayons de comparer de manière pragmatique à quels résultats chacune de ces deux idéologies permet d'aboutir sur des problèmes actuels et brûlants au sein de leur population respective :

07 novembre 2025

Match sur le génie du christianisme : Ferry 4, Cohn-Bendit zéro

Basilique Saint-Pierre à Rome
Basilique Saint-Pierre dans la Cité du Vatican à Rome et
Le génie du christianisme, ouvrage apologétique écrit par Chateaubriand en 1799

Aux moments des obsèques du Pape François, le philosophe Luc Ferry et le politicien Daniel Cohn-Bendit se sont livrés à un mini-débat sur le sens actuel du christianisme et ce qu'il faut en attendre en tant qu'athées convaincus dont ils se réclament tous les deux sans même se poser la question de ce que signifie exactement l'athéisme, à savoir une posture qui consiste à ne pas croire en Dieu. Le célèbre physicien Albert Einstein qu'on ne peut suspecter ni de radicalisme religieux, ni de bigoteries, avait toujours eu la prudence de répondre à cette question par une autre bien plus pertinente : «Dites-moi ce que Dieu représente pour vous et je vous dirai si j'y crois !» Ce qui démontre qu'il est difficile et pour le moins précipité de se définir comme un adepte de l'athéisme si on n'est pas soi-même au clair sur l'expérience et la représentation que l'on se fait personnellement de Dieu, la notion de concept divin ayant un potentiel de subjectivisation tel qu'il est possible de dire tout et n'importe quoi, y compris son contraire. Passé ce préambule nécessaire, on peut s'intéresser au cœur du débat qui s'est tenu et définir comme l'a fait remarquablement Luc Ferry ce que le christianisme continue d'apporter à notre civilisation actuelle, très majoritairement non-croyante, encore moins pratiquante, et se réclamant d'un soi-disant athéisme sans en comprendre tout le sens véritable et bien plus profond qu'il n'y paraît.


Dans son livre sorti en 2013 et co-écrit avec le Cardinal Gianfranco Ravasi à la demande de Benoît XVI, Luc Ferry retient quatre apports sociétaux venant des Évangiles: 1) L'égalité des citoyens devant les lois républicaines qui découle de l'égalité des être vivants devant Dieu. 2) La notion de laïcité qui a permis de séparer les ordres spirituels et séculiers grâce au fait que la vie privée des croyants n'est pas codifiée religieusement par des rites et des sacrifices tels qu'on les pratique dans d'autres confessions comme le judaïsme ou l'islam, ce qui permet l'exercice d'une libre croyance intérieure sans interférer avec le développement d'une société civile démocratique et donc parfaitement laïque. 3) La philosophie de l'amour (lire l'article: «Aime ton prochain comme toi-même !») dont la source initiale est d'abord hébraïque, tout comme le Christ était hébreux (Lv 19:18). Quant au quatrième apport, selon Ferry, il concerne l'impossibilité absolue pour un homme de trouver la grâce et le salut divins lorsqu'il s'est adonné à idolâtrer l'argent, rappelant en cela la fameuse parabole exprimée par Le Christ face à un jeune homme riche lui demandant ce qu'il devait faire pour avoir la vie éternelle : «Il est plus facile à un chameau de passer par le chas de l'aiguille qu'à un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu.» (Mt 19:23-26). En cela, le Christ expliquait que la dépossession est inévitable, déjà par le fait qu'elle est inhérente à notre condition de mortel et que, partant, il vaut mieux devenir humble et charitable plutôt que de se complaire dans l'orgueil et la puissance de l'argent qui corrompent les valeurs morales de vérité et de justice telles que l'a exprimées avec clairvoyance l'apôtre Pierre (1 P 5:8-9) à propos de l'incarnation du Mal : «Soyez sobres, veillez ! Votre Adversaire, le Diable, rôde comme un lion rugissant, cherchant qui il dévorera.» Même si le Christ n'en est pas l'auteur (et pour cause il en fut le martyre), cette dissociation entre Dieu et l'incarnation du Mal s'est faite par ses disciples après sa mort et constitue indéniablement un progrès anthropologique par rapport à l'Ancien TestamentSatan en tant que force maléfique, non seulement n'est pas incarnée, mais dépend totalement d'une prétendue volonté divine. Enfin, cette promesse de vie éternelle formulée pour la première fois par le Christ est loin d'être une mystification comme semblent le penser nos deux débatteurs, surtout Cohn-Bendit qui va jusqu'à se moquer de la résurrection en prétendant que ni Mélenchon, ni Le Pen, ni Macron ne sont Le Christ ressuscité. Sans blague ? Cet égarement intellectuel aurait pu éventuellement lui être pardonné du fait de sa judaïcité qui effectivement ne reconnaît pas la notion spirituelle de résurrection par la chair. Mais, de cette religion, il ne peut même pas s'en prévaloir puisqu'il se revendique comme un adepte de l'athéisme pur et dur. Résultat des courses: Luc Ferry remporte le débat haut la main sur un Daniel Cohn-Bendit, dit Dany le rouge, qui s'est exclu de la joute verbale par un carton aussi vermeil que son passé militant ;-)