13 mars 2026

Euthanasie: Dernière échappée face à une réclusion devenue insupportable ?

Quand la France autorisera-t-elle l'aide à mourir dignement ?
Au risque d'être provoquant, il y a dans ce débat actuel au sujet du projet d'euthanasie en France qui, contrairement à certains pays limitrophes ayant déjà réglé juridiquement cette question avec une certaine satisfaction (Belgique, Suisse), un risque de nouvelle inquisition religieuse, corporatiste et politique qui tente de s'immiscer dans la vie privée des individus et surtout dans leur psyché intime pour leur imposer une doxa qui soit contraire à une certaine dignité humaine. D'un côté, Michel Houellebeck qui s'oppose à l'euthanasie parce que, dit-il, le besoin de mourir a été remplacé par la science et les soins palliatifs qui, faut-il le préciser, se prodiguent forcément en milieu hospitalier à partir d'un certain degré de dépendance, tout en reconnaissant quelques minutes plus tard que les gens préfèrent rester chez eux et ne pas souffrir. Ben forcément ! Alors, pour ceux qui souffrent et veulent rester à domicile, que fait-on ? De l'autre, Alain Finkielkraut qui, soutenant l'assistance au suicide, croit judicieux de comparer l'euthanasie d'un chien avec celle d'un humain. Ah bon ! En soi, cet anthropomorphisme est regrettable, car si les humains avaient une perception de la mort comparable à celle des chiens, je doute que le philosophe pût en débattre comme il le fait. Au fond, ces réflexions par trop abstraites me rappellent celles qui ont longtemps existé (et existent encore) dans les sociétés humaines avant que l'IVG ne soit admise socialement et légalisée dans le respect de certaines conditions qui avant tout tiennent compte du droit de la femme de disposer prioritairement de son corps jusqu'à ce que le droit à la vie du fœtus ne prenne le dessus passé un certain délai. De la même manière qu'il a fallu légiférer pour l'IVG parce que l'embryon appartient d'abord au corps de la femme qui l'abrite, on ne peut régler la question de l'euthanasie ou de ses formes associées que si seul prévaut au centre du dispositif le choix et la volonté du patient qui doit nécessairement disposer de son plein discernement, ce qui exclut que l'on puisse appliquer une aide à mourir à des patients atteints de démence ou de certaines maladies neurodégénératives comme Alzheimer. Dans ces derniers cas, ces patients ne sont en effet pas éligibles à cette sorte d'aide puisque leur consentement personnel fait défaut et que plus rien, ni personne, ne pourra y suppléer et même s'interdira de le faire, sauf à sombrer dans une forme d'eugénisme totalitaire. À ce propos, rares sont les personnes qui évoquent la fin de vie des handicapés mentaux, même si l'on doit envisager dans l'entre-soi des proches et des professionnels de santé tenus au secret médical qu'il peut exister des formes d'euthanasie passive lorsque l'état de santé se détériore et que certaines situations sont de plus en plus difficiles à gérer.


Dans tous les autres cas et dont l'écrasante majorité est atteinte par le grand âge, seule doit compter la détermination exprimée par le patient sans qu'il soit nécessaire de trop s'attarder sur le degré de légitimation de ses motivations qui peuvent être vastes et intimes selon le rapport personnel que chacun entretient vis-à-vis de sa propre mort. Si certains peuvent être atteints de douleurs physiques insupportables, d'autres exprimeront davantage des souffrances psychologiques qui ne sont pas moindres, ce qu'aucun médecin ne sera habilité à contester ou n'aurait la prétention même de traiter avec succès. C'est cette liberté de choix qu'il faut garantir avant tout, parce que même si l'acte suicidaire est réprouvé socialement et religieusement, rien ne peut empêcher son exécution dans des situations qui, forcément, sont le plus souvent glauques et tragiques pour autrui (proches, cheminots, pompiers, gardes fluviaux, etc.) et qu'en pareil cas il vaut mieux organiser et encadrer a minima une assistance au suicide tant dans l'intérêt du patient qui saura faire un choix apaisé que dans celui de la société qui gardera un contrôle sur ces situations potentiellement traumatiques. Ne serait-ce que pour cette dernière raison, l'assistance "altruiste" au suicide se justifie et constitue déjà un progrès sociétal indéniable à l'aune des drames humains qui se jouent quotidiennement faute d'une législation adéquate. Enfin, la différence qui subsiste entre une euthanasie active (Belgique) et une assistance au suicide (Suisse) réside uniquement dans le fait de savoir qui accomplit l'acte ultime : le médecin qui injecte le poison ou le patient qui l'ingurgite ou peut refuser de le faire, ce qui permet de garantir dans le second cas que la volonté du patient sera respectée jusqu'au bout et sans pression extérieure si, contre toute attente, ce dernier devait décider de changer d'avis au dernier moment, tout en rappelant que le concours d'un médecin demeure évidemment indispensable pour obtenir la potion létale et éviter tout usage abusif, comme par exemple chez des jeunes et/ou pour des motifs futiles. Tant que la France n'adoptera pas une législation qui respecte à certaines conditions le libre choix d'un patient d'obtenir une aide à mourir dignement, des pratiques d'un autre âge perdureront et jamais la relation avec les aînés ne s'apaisera, ce qui ne fera qu'augmenter ce tourisme prétendument médical des plus aisés et/ou déterminés vers des cieux plus compatissants.