26 décembre 2025

Démocratie française: À la recherche d'une majorité perdue...

Démocratie française: À la recherche d'une majorité perdue...

Nous Helvètes, voyons nos voisins d'Outre-Jura avec une certaine fascination! Non pas seulement pour leurs paysages et littoraux magnifiques, ni pour leur histoire monarchique et impérialiste, voire colonialiste, impressionnante, ni pour leur gastronomie inégalée et leurs artistes réputés, j'en passe et des meilleurs. Non, ce que les Suisses romands observent avec tendresse c'est la façon un peu laborieuse, voire calamiteuse, de régler la chose publique comme par exemple et pas tout à fait par hasard celle qui concerne la question des retraites. Voilà bientôt près de trois ans que la classe politique française s'écharpe sur ce dossier épineux qui aurait dû faire l'objet d'un vote à l'Assemblée nationale, mais qui par verticalité et loyauté envers le Président de la République a été adopté le 16 mars 2023 aux forceps par le gouvernement de Mme Élisabeth Borne, c'est-à-dire sans avoir été voté par une majorité de députés de l'Assemblée nationale. Outre le fait que cette loi n'est toujours pas entrée en vigueur (et que probablement elle n'est le sera pas en l'état et avant un certain temps au vu des polémiques légitimes générées par sa procédure d'adoption), elle est le parfait contre-exemple de ce qu'une démocratie digne de ce nom se doit de ne pas faire, sinon à considérer que les députés élus démocratiquement par le souverain doivent être évincés de leur droits constitutionnels réputés inaliénables de faire les lois, n'en déplaise au gouvernement et au président de ladite république. De mon point de vue personnel et sans vouloir m'ingérer aucunement dans les affaires politiques de la France, ce moment fut un égarement démocratique regrettable. Et, si l'Assemblée nationale, comme on pouvait s'y attendre, avait formellement refusé la réforme, et bien il fallut pour le gouvernement de Mme Borne, comme toute démocratie qui se respecte, remettre intégralement l'ouvrage sur le métier jusqu'à obtenir le compromis, ce graal consensuel indispensable, qui permette à la démocratie de fonctionner, soit l'adoption des textes de lois à la majorité des élus. C'est, je crois, ce qu'attendent les électeurs de la part de leurs institutions démocratiques et de ceux qui sont censés les représenter. Tout le reste n'est que perte de temps, billevesées et galimatias abscons qui en rien ne font avancer les intérêts nationaux d'un pays comme la France. Pour comparaison et en toute immodestie, notre petite Helvétie, loin d'être épargnée par ce type de conflit social, s'est prononcée en votation populaire à trois reprises ces dernières années sur des propositions de réforme du droit des retraites:

  1. En 2022, pour porter l'âge de retraite des femmes de 64 à 65 ans (comme les hommes dont l'espérance de vie est toujours inférieure à celle des femmes) approuvé à 50,6% par le peuple;
  2. En mars 2024, pour porter l'âge de la retraite à 66 ans, loi rejetée par le peuple et les cantons;
  3. En septembre 2024, pour une diminution des rentes également rejetée par le peuple.


L'immense avantage de la votation populaire ou de la représentation électorale respectant le vote majoritaire est qu'une fois le scrutin dépouillé, la messe est dite. Et, chacun peut ainsi vaquer à de nouvelles occupations sans qu'il ait lieu de craindre qu'un mouvement politique ne vienne remettre en question la décision prise par le souverain ou les députés. C'est ce que parvient à expliquer David Djaïz, essayiste et inspecteur des finances, dans ce débat télévisé du 14 décembre 2025, et qui perçoit poindre dans la méthode du nouveau premier ministre Sébastien Lecornu un début de culture politique du consensus qui a permis de faire adopter le budget de la Sécurité sociale. Pourvu qu'il dise vrai. Car, les Français qui semblent actuellement donner leur voix majoritairement à Jordan Bardella (président d'un parti qui fut un ancien débiteur du Kremlin) ne doivent pas oublier que la France en tant que nation européenne dotée est dans une position qui l'oblige, surtout en s'interdisant de confier les clés du pouvoir à n'importe qui au risque de s'aventurer dans des relations périlleuses tant pour leur pays que pour une Europe souveraine et puissante. Car, si la démocratie, contrairement aux dictatures, permet le pluralisme politique et donc la possibilité aux courants extrémistes de droite comme de gauche de s'exprimer (la quasi-unanimité étant généralement souvent l'apanage des dictatures), cela ne signifiera jamais qu'il faille sacrifier ou mettre en péril la règle sacro-sainte de la majorité qui est la seule garante d'une perpétuation de la démocratie, de même que celle de la survivance des minorités d'où qu'elles viennent. Bref, ne pas lâcher la proie pour l'ombre ou ne pas jeter le bébé (démocratique) avec l'eau du bain dans une perspective de scrutin présidentiel qui peut s'avérer être en 2027 celui  de tous les dangers. Cinq siècles avant notre ère, l'historien Thucydide avait eu l'occasion de critiquer le discours du chantre de la démocratie athénienne Périclès en dénonçant la démagogie et la rhétorique du mensonge comme dérive inhérente au fonctionnement de la démocratie et à sa vulnérabilité à se laisser corrompre : «Ceux qui lui succédèrent, plus égaux entre eux, et s'efforçant chacun d'atteindre la première place, cherchèrent à complaire au peuple et en remirent la direction aux caprices de la multitude. Il en résulta beaucoup de fautes…» N'est-ce pas précisément la phase décadente du cycle démocratique à laquelle on assiste actuellement avec la montée d'une internationale des extrêmes droites et dont la figure de proue n'est autre que le Président américain Donald Trump ?

12 décembre 2025

Parentalité: Le complexe de Médée ou syndrome d'aliénation parentale


Si le titre paraît quelque peu lunaire ou à tout le moins gréco-mytho-psycho-analytique, il cache hélas une réalité trop souvent ignorée et calamiteuse qui se développe à bas bruit dans le domaine des relations psycho-affectives et personnelles que chaque parent doit pouvoir sauvegarder a minima avec son enfant lorsque la vie commune au sein du couple a pris fin à l'issue d'une séparation et/ou d'un divorce. Le syndrome d'aliénation parentale s'inspire du mythe de Médée qui, dans la mythologie grecque, pour se venger de l'abandon de son époux Jason, tue leurs enfants communs et accessoirement sa rivale. Empiriquement, ce syndrome est souvent constaté chez certaines mères qui lors d'une séparation conflictuelle prennent en otage leurs enfants et les instrumentalisent pour exercer une vengeance contre l'autre parent et le punir en le privant de toute relation personnelle avec ses enfants. Toute la difficulté de mettre à jour ce type d'aliénation réside dans le fait que ce syndrome peut s'exercer de manière très insidieuse à l'égard des enfants, voire même de façon pathologique et presque inconsciente, ou alors se manifester par des formes de violences psychologiques, voire physiques extrêmes pouvant aller jusqu'à l'infanticide et au suicide "altruiste" comme ce fut le cas dans la dramatique affaire de Charles-Olivier Adde datant de l'été 2019, d'après l'extrait figurant ci-dessous et tiré de l'émission Au bout de l'enquête produite par France télévision. Alain Bauer, professeur en criminologie, y définit, entre autres, un autre fléau quasi indissociable du SAP qui est celui de l'emprise psychologique durable et délétère qu'un parent ne cesse d'exercer sur l'autre pour le dominer et parvenir ainsi à conserver une autorité parentale totalement exclusive sur ses enfants.


Si le ressort essentiel qui déclenche, réveille ou révèle le syndrome de l'aliénation parentale (SAP) est celui de l'abandon, soit l'intention vindicative de la mère de détruire tout lien parental entre ses enfants et leur père (souvent vilipendé abusivement comme "traître" sans même connaître, ni s'intéresser aux torts de la mère, ni aux causes sous-jacentes, profondes et insolubles qui justifient la rupture), on peut se risquer à affirmer, toute proportion gardée et sous réserve du degré de violence exercé, que le SAP est à la mère délaissée ce que le féminicide est au père éconduit ou quitté. Le féminicide (ou sa tentative) qui n'est qu'un néologisme populaire pour désigner plus explicitement le meurtre passionnel d'un époux sur sa femme, mais qu'autrefois on englobait sous le terme d'uxoricide pour y inclure par exemple le cas des veuves noires (certes bien moins fréquent, mais tout aussi retentissant sous l'angle de la dangerosité), est souvent précédé de violences conjugales  qui, elles, sont toujours plus reconnues et traitées tant au niveau légal que médical, permettant ainsi à leurs victimes de bénéficier de protection et d'assistance. En revanche, il n'en est presque rien s'agissant du SAP qui, faute de reconnaissance adéquate par les médecins et la justice, n'est quasiment jamais diagnostiqué et demeure dans une forme d'indifférence et donc d'impunité généralisées, alors qu'il s'agit pourtant d'une manipulation caractérisée visant à détruire consciemment et volontairement tout lien de parenté entre un père et ses enfants et faire porter à ces derniers des séquelles de souffrances psychologiques qui, sans ce syndrome, ne seraient jamais apparues. Car, si les violences physiques sont enfin devenues insupportables pour  notre société, les violences psychologiques exercées en particulier sur des enfants aux fins de les rendre socialement orphelin de leur propre père restent un sacrilège banalisé et auquel aucune société humaine ne devrait se résigner, y compris les plus primitives qui s'en tiennent à des coutumes ancestrales bien plus respectées et respectables que notre attirail juridique existant, mais totalement impuissant. Et que toutes celles et ceux qui ne s'en soucient guère, telles ces jusqu'au-boutistes de l'égalité des droits au point d'en oublier leurs devoirs, ne viennent pas ensuite se plaindre que des mouvements masculinistes se multiplient çà et là, feignant alors d'ignorer que la famille nucléaire, comme n'importe quel écosystème humain, peut aussi être le lieu d'un jeu de pouvoir exécrable et pitoyable dont les enfants sont les premières victimes. Pour les internautes qui souhaitent approfondir ce thème:

28 novembre 2025

Ukraine/UE : Le Bon, La Brute et Le Truand au Cheval de Troie

Le Bon, La Brute et le Truand est le titre d'un film western spaghettis
réalisé par Sergio Léone en 1966.

Nettement moins divertissant qu'un Western spaghettis, c'est «Eastern» de nouilles nauséeuses auquel on assiste depuis près d'une année confirme une nouvelle fois le paradoxe de cette administration américaine qui veut absolument mettre fin au conflit armé qui se déroule depuis près de quatre ans au cœur de l'Europe et ses vraies motivations qui n'ont rien avoir avec un quelconque respect du droit international ou même au respect de valeurs éthiques ou religieuses, en l'espèce celles qui devraient inspirer tout bon chrétien à n'accepter la paix avec son agresseur que si les principes de justice et de vérité ne sont pas sacrifiés sur l'autel de la barbarie et de la loi du plus fort. Or, le Président "KMA" s'en tape le coquillard de ces valeurs chrétiennes et humanistes pour leur préférer celles qui sont bien plus sonnantes et trébuchantes, même s'il doit vendre son âme au Diable pour peu que celle-ci vaille encore quelques roupies. Rappelons que Donald Trump a laissé passer une opportunité incroyable de décrocher sans le moindre doute et sans bakchiche déshonorant le prix Nobel de la paix lorsqu'il persuada Poutine de se rendre à Anchorage le 15 août dernier ! En effet, s'il avait décidé ce jour-là d'assigner Poutine à une résidence forcée en vue de négocier une cessation immédiate de l'invasion russe en Ukraine avec comme perspective ô combien persuasive la remise du chef du Kremlin à la Cour pénale internationale de la Haye (CPI), non seulement il aurait mis fin à la guerre en vingt-quatre heures chrono comme il s'était engagé à le faire devant son électorat MAGA, mais en plus et grâce à un stratagème aussi rusé qu'héroïque il aurait convaincu le comité Nobel qu'il était effectivement le Chef d'État le  plus digne que la Terre eût à connaitre pour recevoir la distinction suprême qui aurait fait de lui le plus grand pacificateur, sans d'ailleurs que cela ne compromette en rien son projet de faire du commerce avec la Russie, bien au contraire. Pour un fanfaron qui prétend être le meilleur négociateur au monde pour soi-disant imposer sa paix par la force, ayons plutôt la franchise d'admettre que, sur ce coup-là, il a surtout été le roi de la loose ! Hélas, on ne se refait pas quand on a des gènes aussi ataviques que les siens  et un bandit-manchot à la place du cerveau. Dans ce trio d'épouvante, Trump est, à n'en point douter, Le Truand, ce bon vieux gangster qui comme au temps de La Prohibition, se joue des lois et est prêt à toutes les compromissions, en particulier sur le dos des Ukrainiens et des Européens, du moment qu'il parvient à devenir l'Oncle Picsou (Scrooge McDuck).

Pour le reste du casting, il n'est pas nécessaire de préciser qui, de l'Ukraine ou la Russie, est La Brute. Il faut se rappeler que cette dernière est la seule puissance belliqueuse qui, dès l'origine, a cherché à déstabiliser la société et le processus démocratique ukrainien au moment de la révolution de Maïden (Révolution de la Dignité) à Kiev, suivie par une riposte armée immédiate qui fut l'invasion de La Crimée en février 2014. Voyant que l'UE et les États-Unis ne bronchaient pas ou si peu, La Brute n'a pas hésité à corrompre financièrement et militairement les premiers mouvements séparatistes du Donbass dans les provinces de Donetsk et Lougansk. Elle est bien sûr incarnée par le premier kleptocrate au monde qui n'est autre que Vladimir Poutine persécutant depuis maintenant onze ans son petit frère ukrainien pour l'empêcher d'assouvir ses aspirations légitimes visant à rejoindre l'UE, mais surtout et au vu de la filiation slave des deux peuples, pour étouffer dans l'œuf toute velléité que le modèle démocratique ukrainien pourrait susciter dans l'esprit de ses cousins en contaminant les consciences de cet encombrant voisin, mettant alors en péril le système kleptocratique mis en place par le Kremlin. Car, comme toujours, tout se joue dans la convoitise que les peuples frères entretiennent entre eux. Ainsi, les Russes n'accepteraient certainement pas que leurs cousins ukrainiens accèdent à un train de vie supérieurs aux leurs grâce à un système politique qui redistribue les richesses plus équitablement que leur pays dirigé par une kleptocratie. Et ce n'est pas le moindre des paradoxes que des politiciens occidentaux osent blâmer le régime ukrainien à la suite de scandale de corruption récemment dénoncé par ses propres institutions (ce qui démontre que celles-ci sont bien moins corrompues qu'on ne le prétend) alors que le pays tout en entier se bat en armes, souffre et meurt depuis plus de dix ans contre un régime politique qui prétend faire de la corruption et de la prévarication un modèle de gouvernance mondiale.

21 novembre 2025

USA-Chine: Le combat idéologique du vice contre la vertu ?


Donald Trump et Xi Jinping

À force de nous rabâcher sans cesse que la Chine est l'ennemi de notre système occidental et qu'elle sera le premier adversaire qui défiera les États-Unis si elle devait s'en prendre militairement à Taïwan, ne pourrait-on pas cesser un instant de diaboliser l'Empire du Milieu et de comparer objectivement les avantages et les inconvénients de ce soi-disant communisme à la chinoise par rapport à nos soi-disantes démocraties, tout en sachant que derrière ces deux visions politiques du monde se cachent des réalités bien plus complexes et paradoxales qu'il n'y paraît (lire l'article: Duel entre faucons et dragons). Comme tous les anciens pays communistes (à l'exception de la Corée du Nord), la Chine s'est engagée à se développer sur base des règles de l'économie de marché, de la libre entreprise et de la concurrence, sans toutefois que son capitalisme dit d'État n'influe en quoi que ce soit sur la règle inamovible du parti unique, soit le parti communiste chinois (PCC), qui est la seule autorité politique à exercer la puissance publique. Contrairement à nos démocraties, il n'y a donc en Chine aucune possibilité d'exprimer des idées politiques qui soient contraires, ou même différentes, de la ligne adoptée par le PCC et son chef actuel Xi Jinping. En résumé, le citoyen chinois n'est pas autorisé à penser sa vie et son bonheur autrement que dans l'idéologie poursuivie par le PCC, si tant est que les politiciens soient les mieux à même de se soucier du bonheur de leurs citoyens/électeurs. S'il ne s'en satisfait pas, il lui reste le choix d'émigrer et tenter sa chance ailleurs, ce qui n'est pas rien en soi si l'on se souvient de la politique d'émigration interdite appliquée par les soviétiques au temps de l'URSS et son infranchissable rideau de fer.

Si l'on en vient aux démocraties occidentales, chaque citoyen peut exercer le droit de choisir un parti politique plutôt qu'un autre selon ses convictions propres, mais surtout selon son appartenance à une classe sociale qui détermine pour une bonne part son éducation, son héritage économique, culturel, voire religieux. Mais, dans la pratique, l'exercice de la démocratie représentative qui est la plus répandue (exception faite de la Suisse dont le modèle est le plus abouti en matière de droits politiques directs) est soumis toujours plus à de nombreux aléas qui tiennent à la désinformation croissante et généralisée de l'électorat, à l'activisme politique des lobbies économiques, aux financements occultes des partis et aux innombrables conflits d'intérêts qui surgissent entre décideurs politiques et leurs entourages professionnels ou privés. Montesquieu était parvenu à défendre le sacro-saint principe de la séparation des pouvoirs législatif, exécutif et judiciaire. Pour parachever le modèle, il aurait fallu également penser à séparer les pouvoirs politiques de l'économie et des puissances de l'argent pour mener efficacement des politiques publiques qui servent le bien commun d'un pays, d'un continent, voire du genre humain et de son environnement. Avec nos démocraties, on est évidemment très loin du compte. Et ce n'est pas l'exemple calamiteux de la présidence américaine actuelle qui me contredira. Si l'expérience passée du communisme est demeurée une utopie, la démocratie représentative à la mode américaine est au mieux une ploutocratie qui, ces derniers temps, vire à l'autoritarisme, à l'oligarchie, voire au fascisme. Mais, trêve de discours théoriques! Essayons de comparer de manière pragmatique à quels résultats chacune de ces deux idéologies permet d'aboutir sur des problèmes actuels et brûlants au sein de leur population respective :

07 novembre 2025

Match sur le génie du christianisme : Ferry 4, Cohn-Bendit zéro

Basilique Saint-Pierre à Rome
Basilique Saint-Pierre dans la Cité du Vatican à Rome et
Le génie du christianisme, ouvrage apologétique écrit par Chateaubriand en 1799

Aux moments des obsèques du Pape François, le philosophe Luc Ferry et le politicien Daniel Cohn-Bendit se sont livrés à un mini-débat sur le sens actuel du christianisme et ce qu'il faut en attendre en tant qu'athées convaincus dont ils se réclament tous les deux sans même se poser la question de ce que signifie exactement l'athéisme, à savoir une posture qui consiste à ne pas croire en Dieu. Le célèbre physicien Albert Einstein qu'on ne peut suspecter ni de radicalisme religieux, ni de bigoteries, avait toujours eu la prudence de répondre à cette question par une autre bien plus pertinente : «Dites-moi ce que Dieu représente pour vous et je vous dirai si j'y crois !» Ce qui démontre qu'il est difficile et pour le moins précipité de se définir comme un adepte de l'athéisme si on n'est pas soi-même au clair sur l'expérience et la représentation que l'on se fait personnellement de Dieu, la notion de concept divin ayant un potentiel de subjectivisation tel qu'il est possible de dire tout et n'importe quoi, y compris son contraire. Passé ce préambule nécessaire, on peut s'intéresser au cœur du débat qui s'est tenu et définir comme l'a fait remarquablement Luc Ferry ce que le christianisme continue d'apporter à notre civilisation actuelle, très majoritairement non-croyante, encore moins pratiquante, et se réclamant d'un soi-disant athéisme sans en comprendre tout le sens véritable et bien plus profond qu'il n'y paraît.


Dans son livre sorti en 2013 et co-écrit avec le Cardinal Gianfranco Ravasi à la demande de Benoît XVI, Luc Ferry retient quatre apports sociétaux venant des Évangiles: 1) L'égalité des citoyens devant les lois républicaines qui découle de l'égalité des être vivants devant Dieu. 2) La notion de laïcité qui a permis de séparer les ordres spirituels et séculiers grâce au fait que la vie privée des croyants n'est pas codifiée religieusement par des rites et des sacrifices tels qu'on les pratique dans d'autres confessions comme le judaïsme ou l'islam, ce qui permet l'exercice d'une libre croyance intérieure sans interférer avec le développement d'une société civile démocratique et donc parfaitement laïque. 3) La philosophie de l'amour (lire l'article: «Aime ton prochain comme toi-même !») dont la source initiale est d'abord hébraïque, tout comme le Christ était hébreux (Lv 19:18). Quant au quatrième apport, selon Ferry, il concerne l'impossibilité absolue pour un homme de trouver la grâce et le salut divins lorsqu'il s'est adonné à idolâtrer l'argent, rappelant en cela la fameuse parabole exprimée par Le Christ face à un jeune homme riche lui demandant ce qu'il devait faire pour avoir la vie éternelle : «Il est plus facile à un chameau de passer par le chas de l'aiguille qu'à un riche d'entrer dans le Royaume de Dieu.» (Mt 19:23-26). En cela, le Christ expliquait que la dépossession est inévitable, déjà par le fait qu'elle est inhérente à notre condition de mortel et que, partant, il vaut mieux devenir humble et charitable plutôt que de se complaire dans l'orgueil et la puissance de l'argent qui corrompent les valeurs morales de vérité et de justice telles que l'a exprimées avec clairvoyance l'apôtre Pierre (1 P 5:8-9) à propos de l'incarnation du Mal : «Soyez sobres, veillez ! Votre Adversaire, le Diable, rôde comme un lion rugissant, cherchant qui il dévorera.» Même si le Christ n'en est pas l'auteur (et pour cause il en fut le martyre), cette dissociation entre Dieu et l'incarnation du Mal s'est faite par ses disciples après sa mort et constitue indéniablement un progrès anthropologique par rapport à l'Ancien TestamentSatan en tant que force maléfique, non seulement n'est pas incarnée, mais dépend totalement d'une prétendue volonté divine. Enfin, cette promesse de vie éternelle formulée pour la première fois par le Christ est loin d'être une mystification comme semblent le penser nos deux débatteurs, surtout Cohn-Bendit qui va jusqu'à se moquer de la résurrection en prétendant que ni Mélenchon, ni Le Pen, ni Macron ne sont Le Christ ressuscité. Sans blague ? Cet égarement intellectuel aurait pu éventuellement lui être pardonné du fait de sa judaïcité qui effectivement ne reconnaît pas la notion spirituelle de résurrection par la chair. Mais, de cette religion, il ne peut même pas s'en prévaloir puisqu'il se revendique comme un adepte de l'athéisme pur et dur. Résultat des courses: Luc Ferry remporte le débat haut la main sur un Daniel Cohn-Bendit, dit Dany le rouge, qui s'est exclu de la joute verbale par un carton aussi vermeil que son passé militant ;-)

24 octobre 2025

Théodicée : Comment croire en Dieu quand le Mal sévit partout en tout temps ?


La théodicée est un raisonnement théologico-philosophique qui tente de résoudre l'apparente contradiction qu'il y a entre un Dieu prétendument omnipotent et bienveillant et l'existence du Mal. C'est d'abord un sujet qui suscite de nombreuses controverses puisqu'il a été régulièrement l'argument principal des non-croyants, athées et agnostiques pour réfuter l'existence de Dieu (encore faut-il s'entendre sur une définition universelle ?) et rejeter ainsi tout le corpus biblique qui lui est associé, ce qui n'est pas le moindre tort que cette contradiction engendre en persistant comme elle le fait, faute de trouver une argumentation qui soit suffisamment charpentée et convaincante pour obtenir un engagement spirituel des nombreux nihilistes et autres mécréants et tenter de leur donner une foi chrétienne en Dieu, Le Père, et son Fils Jésus-Christ. "L'athée-odyssée" s'est cristallisée principalement autour du philosophe allemand Gottfried W. Leibniz (1646-1716) au début du XVIIIème siècle avec la publication de son ouvrage Essais de Théodicée qui, en résumé, arrive à la conclusion un peu plaquée et conformiste consistant à affirmer que malgré le mal ou (même) grâce à lui, l'Histoire a un sens, une direction et que sa finalité aboutira forcément au Bien. Quand ? On n'en sait rien. Leibniz se contente de l'affirmer. C'est tout. Bref, Leibniz essaie tant bien que mal (c'est le cas de le dire) de se dépatouiller du problème en remplaçant un postulat, l'existence de Dieu, par un autre, son omnipotence bienveillante à la fin des fins. Et tant pis pour tous les martyres et les victimes innocentes nécessaires à cet accomplissement ultime. D'ailleurs, Voltaire ne s'était pas privé de railler cette vision du monde bien trop étriquée à son goût dans son conte sur Candide. Sans même connaître les scandales sexuelles à venir, on comprend que depuis des siècles le doute s'est immiscé dans la tête des paroissiens et que la société civile s'est détournée de l'Église, faisant progresser l'athéisme en même temps que la foi chrétienne sortait des cœurs et des esprits. Jean Meslier, contemporain de Leibniz, prêtre et précurseur de l'athéisme, l'avait prédit dans ses écrits posthumes : «Celui qui le premier a dit aux nations que quand on avait fait du tort aux hommes, il fallait en demander pardon à Dieu, l'apaiser par des présents, lui offrir des sacrifices, a visiblement détruit les vrais principes de la morale. Car, d'après ces idées, les hommes s'imaginent que l'on peut obtenir du roi du ciel, comme des rois de la Terre, la permission d'être injuste et méchant, ou du moins le pardon du mal que l'on a pu faire.» Comme si la Morale et Dieu étaient corruptibles comme n'importe quel mortel, auquel cas c'est l'hommage perfide et cynique que le vice rend à la vertu. Pourtant, Leibniz avait un handicap sur nos contemporains: Il lui manquait une certaine hauteur de vue pour se rendre compte que toute la difficulté de sa démonstration résidait dans sa façon même de (re)définir les différents concepts employés et leur acception la plus consensuelle possible au sens anthropologique du terme. À propos de Dieu, la réalité, comme notre lucidité, doivent nous amener à considérer que son omnipotence et sa bienveillance ne résident que dans l'œuvre de La Création au sens cosmologique et quantique du terme. Car, il y a belle lurette que l'on sait que ce Dieu créateur n'intervient aucunement dans la marche du monde dans lequel nous vivons et que les hommes sont seuls responsables du Bien comme du Mal qu'ils choisissent de faire ou pas à leurs semblables. Et pour cause, Dieu leur a donné cette liberté, le libre arbitre, depuis qu'Adam et Ève ont choisi de croquer dans le fruit de l'arbre de la connaissance, du Bien et du Mal, alors que leur Créateur les en avait dissuadés. Dieu n'est donc nullement responsable de leur péché originel, pas plus qu'il n'a à répondre des massacres, guerres et génocides que les humains ont décidé de s'infliger entre eux. Une fois son omnipotence circonscrite, il devient dès lors plus facile de s'intéresser aux souffrances terrestres dans leur globalité et d'identifier leurs origines qui, dans l'absolu, sont au nombre de trois :

1) L'injustice de la naissance qui, en dépit du fait que l'on tente tant bien que mal de considérer les humains de plus en plus libres et égaux en droit dans certains pays dits démocratiques, cette inégalité naturelle n'est évidement jamais résorbée vis-à-vis de notre hérédité, de nos parents, du milieu social, culturel et économique dans lequel nous grandissons et de notre héritage. Cette apparente injustice initiale est partiellement traitée dans l'Évangile de Jean, lorsque les disciples du Christ rencontrent un aveugle de naissance et s'interrogent : «Rabbi, qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu'il soit né aveugle?» Et, Jésus de leur répondre : «Ce n'est pas que lui ou ses parents aient péché, mais c'est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui.» (Jn 9:2-5) Il faut dire qu'à cette époque, il était courant de croire que la maladie ou le handicap était une conséquence directe du péché, ce qui, à vrai dire, n'était pas dénué de bon sens populaire si l'on se réfère au mythe d'Œdipe (lire l'article: Plaidoyer pour une réhabilitation tardive, mais incontestable) qui fit le choix inconscient, mais funeste, de commettre l'inceste en copulant avec sa mère, engendrant de la sorte une malédiction sur toute sa descendance. Mais, si les handicaps ou maladies génétiques peuvent être le résultat de péchés, dussions-nous parfois expier les fautes de nos aïeux, ils ne le sont pas toujours dans l'absolu et leurs vraies causes peuvent demeurer inexplicables, ou encore résulter de l'ignorance des parents comme ce fut le cas d'Œdipe. En répondant de la sorte, Jésus rappelle que cette injustice initiale n'est pas toujours la punition d'un péché intentionnel qui mériterait une rétribution stigmatisante. Au contraire et contre toute attente, l'aveugle retrouve miraculeusement la vue, à tout le moins spirituelle, par cette compassion que lui témoigne Le Christ, ce qui démontre que cette souffrance peut être l'occasion pour Dieu de manifester sa gloire et sa puissance, comme par exemple dans le cas de ces aveugles qui, à cause ou plutôt grâce à leur handicap, ont pu devenir de célèbres chanteurs tels Ray Charles, Steve Wonder ou encore Gilbert Montagné, notamment en leur permettant de sublimer leur sens de l'ouïe.

10 octobre 2025

USA: Démons et Géants du web au service de l'affairisme MAGA


Reste t-il vraiment quatre cents jours pour sauver la démocratie américaine ? Ou, plus simplement, le point de bascule n'est-il pas déjà dépassé depuis la réélection du Président KMA (si vous n'êtes pas familier du blog et donc de cet acronyme, lisez cet article !) pour déclencher ce compte à rebours qui fera advenir une oligarchie autoritaire s'accaparant tous les pouvoirs et justifiant toute violence contre ses opposants politiques pour assurer sa survie ? Vue d'Europe, ce conditionnement psychologique de la sphère MAGA sur le peuple américain ravive de vieux démons de l'histoire américaine qui sont celles des mouvements suprémacistes tels le Ku Klux Klan ou encore ces nombreux sympathisants du fascisme et du nazisme qui existaient durant l'entre deux guerres et qui faillirent faire échouer l'intention du président Franklin D. Roosevelt d'entrer en guerre contre les puissances de l'Axe. Mais, ce qui est frappant à l'heure des réseaux sociaux et du courant libertarien qui traversent les Géants du web, est le détournement des textes bibliques et la récupération des symboles religieux par la sphère MAGA pour servir une finalité politique du mercantilisme, de l'affairisme à tout crin et de l'adulation du veau d'or. Ainsi, les influenceurs comme Michael Flynn n'hésitent pas à convoquer des thèmes religieux comme l'Apocalypse pour endosser l'habit du guide spirituel cherchant à révéler au monde "la bonne parole", celle qui permettra de vaincre le Mal (les Démocrates et leurs discours wokes) par le Bien (représenté par le président KMA). Sauf que dans un monde où toutes ces notions sont perçues de manière totalement confuses au point qu'une majorité d'Américains en a perdu sa boussole pour finir par réélire un président criminel, corrupteur et calomniateur, cet engagement spirituel et chrétien au service de la cause MAGA relève surtout de l'imposture caractérisée qui, si elle n'est pas débusquée, ouvre la porte à tous les délires et dérives, au remplacement de la vérité par le mensonge, au renversement du Bien par le Mal. Selon Jeanne Brun, historienne de l'Art, le texte biblique de l'Apocalypse dont la finalité, par-delà sa transcription ésotérique, est bien celle d'éveiller les chrétiens à combattre le Mal par le Bien, dévoile étymologiquement à cet effet le mécanisme de l'inversion accusatoire qui se nourrit principalement du mensonge et de la duperie. Le Mal apparaît sous plusieurs dénominations, de même qu'à travers plusieurs créatures: Satan, Le Diable, L'Antique Serpent, L'Adversaire, L'Antéchrist ou encore le Dragon. Après avoir été battu une première fois par l'archange guerrier Saint-Michel, Le Dragon va délivrer son pouvoir à deux Bêtes: La Bête de la mer que l'on nomme aussi l'Antéchrist, et la Bête de la terre ou Pseudo-Prophète qui incarne le pouvoir idéologique du Dragon avec pour mission de séduire par la parole tous les peuples de la Terre aux seules fins de les induire en erreur par des discours mensongers (représentés dans l'iconographie ci-dessous par des grenouilles sortant de la bouche de plusieurs créatures maléfiques) qui ont hélas l'apparence de la vérité. L'Apocalypse révèle donc le mécanisme de la tromperie à laquelle ont eu recours tant de fois les hommes mal intentionnés qu'ils furent politiciens ou autres potentats. La dernière en date et non des moindres est figurativement la bave de l'emblématique crapaud régurgitée par le président KMA durant son discours devant les 193 délégations de chaque pays lors de l'Assemblée générale des Nations-Unies qui s'est tenue à New-York le 23 septembre 2025 lorsqu'il déclara: «Le réchauffement climatique est la plus vaste anarque que le monde ait connue.» À ce moment précis, certaines délégations auraient pu se lever et quitter l'Assemblée en signe de réprobation. Que nenni, elles n'ont pas bougé, assurément par hypocrisie diplomatique et pour ne pas se faire remarquer. Pire, elle ont peut-être même fini par applaudir le tribun-charlatan par servilité. Pourtant, tout l'enjeu de la lutte du Bien contre le Mal est de ne pas tomber dans ce piège biblique et séculaire qui remonte à la nuit des temps. Autrement dit et pour reprendre la citation du philosophe britannique John Stuart Mill: «Les méchants (rusés, mais minoritaires) n'ont besoin de rien d'autre pour accomplir leurs desseins que de voir les gentils (crédules et majoritaires) regarder et ne rien faire.» Et l'inaction de ces derniers ne fait qu'empirer la situation puisqu'il est généralement plus facile de tromper les gens que de les convaincre qu'ils ont été trompés. C'est alors que paresse, orgueil et lâcheté d'un peuple font le reste et parviennent à sceller sa destinée funeste.

Iconographie de l'Apocalypse
L'Apocalypse biblique expliquée par Jeanne Brun

26 septembre 2025

Œdipe : Plaidoyer pour une réhabilitation (excessivement) tardive, mais (moralement) incontestable

Description de l'image 1
Sophocle (-495 à -406)
Description de l'image 2
Sigmund Freud (1856-1939)
L’histoire d’Œdipe, contée principalement au Vème siècle avant notre ère par le dramaturge grec Sophocle, est l’une des plus célèbres qui mette en scène le destin et son inéluctable pouvoir sur l’existence humaine. Laïos, roi de Thèbes, et Jocaste, son épouse, se désolent de n’avoir pas de fils. Ils consultent l’oracle de Delphes qui leur prédit que s’ils ont un fils, le malheur s’abattra sur eux, car cet enfant tuera son père et épousera sa mère, transgressant les pires interdits dictés par la civilisation. En dépit de ces prédictions, Jocaste donne naissance à un fils. Effrayée par la sentence de l’oracle, elle décide de se débarrasser du nouveau-né en l’exposant sur le mont Cithéron accroché à un arbre après lui avoir percé les chevilles avec une aiguille. Au lieu de mourir de faim et de soif ou d’être dévoré par les bêtes, le bébé est sauvé par un berger qui le baptise Œdipe, ce qui signifie en grec « pieds enflés », du fait des sévices subis. Dans le royaume voisin de Corinthe, le roi Polybos se désole, lui, de ne pas avoir de fils. Le berger, trop pauvre pour élever l’enfant lui-même, le présente à Polybos qui l’adopte. Œdipe grandit ainsi au palais, ignorant sa véritable identité, croyant être le fils de Polybos et de Périboea, monarques de Corinthe. Les années passent et Œdipe devient adulte. Un jour, quelqu’un lui révèle qu’il n’est qu’un enfant trouvé. Intrigué, Œdipe s’en va consulter l’oracle de Delphes, lequel lui répète l’horrible prédiction faite jadis à Laïos : « Tu tueras ton père et tu épouseras ta mère. » Bouleversé par un tel présage, Œdipe décide de quitter à jamais Corinthe et de ne plus revoir ses parents présumés. Ainsi, pense-t-il échapper à l’horrible prédiction ! En chemin, il croise un inconnu avec lequel il se querelle. Sa colère l’amène à se battre et à tuer l’individu. Sans le savoir, Œdipe accomplit la première partie de l’oracle, car cet inconnu n’est autre que le roi Laïos, son véritable père. L’oracle ne dit pas seulement ce qui arrivera : il a l’étrange pouvoir de faire advenir les événements prédits. Poursuivant sa route, Œdipe parvient aux portes de Thèbes et rencontre le Sphinx qui dévore les voyageurs incapables de donner la bonne réponse à son énigme, à savoir quel animal marche le matin à quatre pattes, sur deux à midi et sur trois le soir. Œdipe, ignorant ses origines mais détenant une intelligence supérieure à la moyenne, est le seul à pouvoir donner la solution : l’Homme aux différents stades de sa vie (nourrisson, adulte et vieillard s’aidant d’une canne). C’est ainsi que le pays de Thèbes est délivré de la terreur et Œdipe promu au rang de héros. La reine Jocaste étant veuve, Œdipe est accueilli en bienfaiteur et accepte d’occuper le trône vacant qui lui est offert. Sans le savoir, en entrant dans le lit de la reine, il accomplit la seconde partie de l’oracle. Ainsi, il conçoit avec la reine quatre enfants incestueux qui sont également ses frères et sœurs. L’inceste perturbant l’ordre naturel des générations, ces enfants auront tous une destinée tragique, celle-ci se transmettant aussi sûrement que le patrimoine génétique. Lorsque la peste s’abat sur Thèbes, chacun y voit la colère des dieux pour châtier les hommes d’un meurtre demeuré impuni. Pour l’oracle, c’est le meurtrier de Laïos qu’il convient de retrouver et de bannir de la cité. Œdipe, en tant que roi, fait le serment d’accomplir cette mission, ce qui l’amène à découvrir sa terrible méprise et à reconnaître sa culpabilité. Gagnée par la honte, Jocaste se pend. Œdipe songe d’abord à s’ôter la vie. Mais pensant que c’est là un châtiment trop bref eu égard à la gravité de ses crimes, il se crève les yeux. Chassé de Thèbes, il finit par mourir après une vie d’errance et de mendicité.

23 septembre 2025

Assurance-maladie : Le marronnier des hausses inter-minables

À l'occasion de l'annonce officielle des hausses de primes de l'assurance-maladie de 4,4 % en moyenne au moment où les feuilles des arbres brunissent, le seul marronnier qui bourgeonne immanquablement est celui du système de santé suisse qui continue d'être le plus cher au monde, ce qui ne devrait plus surprendre la plupart des assurés au vu de l'article publié sur ce blog le 26 mai 2023, excepté ceux et celles qui promettent régulièrement des améliorations pour les calendes grecques alors que les causes principales de cette dérive systémique et technocratique ne sont jamais traitées. Ne serait-ce d'ailleurs pas la définition même de la folie au sens empirique, à savoir répéter sans cesse les mêmes erreurs et s'attendre à un résultat différent ?

L'emballement sans fin

Quatre-vingts milliards de francs suisses ! C'est le pactole qu'acceptent de payer chaque année les patients assurés en Suisse et que se partagent ensuite les prestataires de soins: médecins, pharmas,  pharmaciens, établissements hospitaliers, cliniques et autres professionnels de la santé dont la liste n'en finit pas de s'allonger au fil du temps. À en croire nos politiciens, tous œuvrent à une qualité de soins sans commune mesure. Sauf qu'aucune statistique n'est en mesure d'évaluer  ce critère en comparaison internationale. Par contre, ce qui demeure  indiscutable d'un point de vue quantitatif est que la Suisse, selon l'OCDE, est de très loin et depuis de nombreuses années la lanterne rouge des systèmes nationaux de santé en répercutant sur sa population la charge la plus lourde au monde par habitant, loin derrière les États-Unis qui occupent pourtant l'avant-dernière place. Pour chaque assuré suisse, cela équivaut à supporter une prime d'assurance-maladie au moins trois fois plus élevée que la moyenne des pays européens.


Sources: OCDE, Eurostat, OMS, Système international des comptes de la santé (SHA)



À qui la faute ? À nos politiciens et leurs lobbyistes de tout bord d'après ce reportage d'ABE de septembre 2022. Empêtrés dans des conflits d'intérêts privés  incessants, ils sont incapables de défendre l'intérêt général des patients qui, au final, ne sont que les dindons de la farce. L'emballement du système est donc inexorable, car il y a fort longtemps déjà que les serpents du caducée se sont transformés en boas constrictors tellement voraces qu'ils en viennent même à avaler leur queue. Tel ce pays qui se fait le chantre du patronat, de l'économie de marché et de la libre concurrence, mais où il est particulièrement cocasse de s'apercevoir que toutes ses industries et professions dites libérales liées à la santé sont perfusées essentiellement par l'argent public des assurances sociales et ne croissent (ou n'engraissent) que grâce à cette manne intarissable. Pourtant, il existe bel et bien un remède idéologiquement et parfaitement libéral pour enrayer une fois pour toute cette spirale effrénée : Confier à chaque patient-citoyen la pleine responsabilité de sa santé en lui restituant ce qu'il n'aurait jamais fallu lui ôter: sa liberté personnelle de conclure ou pas une assurance maladie, à tout le moins s'agissant des soins ambulatoires qui représentent près de 40% des coûts. C'est le régime qui prévalait il y a à peine une génération au temps où régnait encore une vraie et saine concurrence et où les assureurs prospectaient le chaland pour des primes ne dépassant pas cinquante francs par mois. On peut toujours rêver... Ou au moins méditer en vue des prochaines élections fédérales.

12 septembre 2025

Féminicides : «La nuit du 12» ou plutôt celle du 13

 

Les cinéphiles se souviennent que la «La nuit du 12» est un film, sorti en 2022, racontant notamment les vicissitudes de deux inspecteurs (Bastien Bouillon et Bouli Lanners) de la Police judiciaire de Grenoble tentant de résoudre tant bien que mal un fait divers épouvantable commis au milieu de la nuit par un inconnu ayant, au moyen d'un produit inflammable, délibérément immolé une jeune fille rentrant seule chez elle après avoir passé une soirée chez des amis. Son réalisateur, Dominik Moll, avait déjà réalisé en 2019 «Seules les bêtes» (lire l'article : Chronique délirante d'un cantonnier et de son brouteur), qui, quelques années plus tard, s'est avéré tragiquement prémonitoire, tant la mise en scène du film avait su parfaitement marier la complexité de l'histoire avec un réalisme implacable. Pour «La nuit du 12», le processus de création fut inversé. Car, en dépit de la monstruosité du prétendu crime à élucider, son réalisateur s'est bien inspiré d'un véritable fait divers s'étant produit neuf ans plus tôt, non pas dans la région Rhône-Alpes, mais dans celle de l'Île-de-France, précisément à Lagny-sur-Marne. Et, ce ne fut pas une certaine nuit du 12, mais plus exactement celle du 13 mai 2013. À ce jour et à l'instar de l'épilogue du film, le meurtrier de Maud Maréchal, âgée de vint-ans au moment de son assassinat, court toujours. Quant au film qui se vit récompenser par une multitude de prix (dont sept César en 2023), il ne fait mention, à titre mémoriel, d'aucun hommage à destination de la vraie victime et de ses proches dont la peine est imprescriptible. C'eut été la moindre des élégances qu'il fallût tenir en pareille circonstance, à fortiori après avoir reçu tant de récompenses et au vu de l'extraordinaire gravité et similitude entre le crime commis et celui scénarisé.

29 août 2025

L'ordre par le chaos ou quand rumeur et calomnie mènent au meurtre sacrificiel


Comme l'a conceptualisé brillamment l'anthropologue René Girard (lire l'article: Je vois Satan tomber comme l'éclair.), les sociétés humaines en tant que corps grégaire se caractérisent chez la plupart des individus par le désir mimétique, à savoir le besoin de ressembler aux autres, de faire comme ses semblables qui tôt ou tard mènent fatalement aux désirs d'avoir et de posséder ce que les autres ont et que nous n'avons pas, désir qui fait partie intégrante du mimétisme et qui engendre de facto la rivalité mimétique. D'ailleurs, ces choses que nous chérissons chez autrui n'ont pas qu'une apparence matérielle tels les habits, les bijoux, les voitures ou les propriétés foncières. Elles peuvent porter aussi sur des caractéristiques personnelles comme la beauté, le talent, le charisme d'autrui, mais que nous souhaitons aussi ravir, en dépit de l'interdiction faite par exemple dans le décalogue de convoiter la femme de son prochain (parce qu'elle serait plus belle que la nôtre). Et, comme vous l'aurez compris, tout ce mimétisme sociale, qui peut être vertueux du point de vue de l'éducation et de l'instruction publique, peut également receler un potentiel de violence et de dangerosité chez l'individu qui n'ayant pas la force d'introspection de régler ses problèmes intérieurs ou péchant par paresse, cherche à tout prix une cause extérieure à ses frustrations et malheurs en choisissant une cible innocente qu'il lui faut envier parce qu'il n'arrive pas à gérer cette rivalité mimétique qui bouillonne en lui. Tant qu'on reste à un échelon individuel, cette violence interne et personnel peut se résoudre au pire par le meurtre caïnite, comme nous l'apprennent toutes ces émissions de faits divers qui pullulent dans les médias et dont les mobiles sous l'angle criminologique sont la plupart du temps invariablement les mêmes: jalousie et cupidité. Mais, l'envieux peut s'avérer beaucoup moins frustre et vouloir échapper absolument à toute condamnation judiciaire. Dans ce cas, il lui sera facile de partager ses rancœurs et frustrations avec d'autres personnes. Comment ? En proférant au sujet de sa cible des calomnies qui auront d'autant moins de peine à être partagées par d'éventuels comparses (proches pouvant trahir facilement la confiance accordée par la victime ou mandataires externes tenus légalement au secret) que ceux-ci auront été soudoyés. C'est en associant calomnie et corruption qu'il est alors aisé d'organiser toute sorte de complot qui transformeront un véritable crime en un malheureux et regrettable concours de circonstances qui ne sortira jamais de la rubrique nécrologique. Enfin, lorsque la rivalité mimétique est instrumentalisée par la politique, la violence qu'elle génère peut engendrer une crise sociale par la rumeur qu'elle propage sournoisement et l'effet de meute qu'elle engendre. Autrement dit, la diffusion de fakes news et l'usage abusif des réseaux sociaux, par leurs algorithmes d'enfermement qui conditionnent toujours plus et à leur insu les individus, peut aboutir collectivement à nourrir une révolte (par ex. la prise d'assaut insurrectionnelle du Capitole le 6 janvier 2021) ou isolément déstabiliser le psychisme des plus vulnérables pour les inciter à commettre des actes irréparables comme des attentats terroristes. Et, lorsqu'un certain chaos informationnel s'installe dans l'opinion publique, il devient annonciateur de violence sociale qui, si elle n'est pas jugulée ou stoppée,  se concentre et s'abat sur un ou plusieurs boucs émissaires qui dans les faits sont rarement (pour ne pas dire jamais) les véritables fauteurs du trouble initial (par ex. les crimes de guerre commis par le gouvernement israélien à Gaza qui se retournent contre la diaspora juive). Le corps social ayant une sainte horreur du désordre (celui-ci ne pouvant être que temporaire), il s'ensuit que les boucs émissaires désignés devaient être sacrifiés pour que la cohésion sociale fût enfin rétablie, au mieux par la Justice dans un régime démocratique et républicain, au pire par l'éradication de toute dissidence dans un régime totalitaire.

22 août 2025

Infrarouge (RTS) : Bienvenue dans "l'air" des lèche-culs !


À revoir cet extrait de notre seule et unique émission de débat télévisé sur la RTS, il apparaît clairement que le temps des lèche-bottes qui, selon la définition du Robert, flattent servilement, ou celui des lèche-culs qui, en plus, flagornent, est bel et bien revenu en toute franchise et de façon totalement décomplexée et malodorante. C'est surtout la conclusion à laquelle le téléspectateur parvient après avoir écouté l'extrait ci-dessus qui sur le plateau de l'émission semble avoir fait consensus même auprès du journaliste Alexis Favre qui n'a pas exprimé la moindre indignation. Il faut dire qu'à sa décharge, il n'avait invité que des représentants du monde économique qui, par définition, ne s'embarrasse pas de règles morales. Au vu du thème abordé, à savoir comment la Suisse doit réagir face à Donald Trump et ses taxes douanières de 39 %, le monde politique ne s'est visiblement pas pressé au portillon pour y répondre, craignant probablement de commettre des impairs sur la bonne attitude à avoir et les réponses qui doivent suivre, l'échelle des valeurs entre le monde politique et celle de l'économie n'étant pas tout à fait superposable, du moins on l'espère. Mais, tout de même, cela en dit long sur le climat général ambiant qui peut rappeler historiquement le dilemme auquel les Français ont été confrontés sous le régime de Pétain en 1940 entre la collaboration et la résistance alors  que les atrocités des crimes nazis n'étaient même pas encore connus. Face à un Donald Trump vulgaire, imprévisible et arbitraire, ceux qui choisissent la flatterie et la flagornerie sont résolument les "nouveaux collabos" de ce siècle. Ils acceptent de s'avilir au seul motif de l'appât du gain à court terme, peu importe au fond le mauvais exemple qui laisseront derrière eux. Les résistants, eux, gardent leur sang-froid et sont prêts à perdre à court terme tout en cherchant à s'adapter à cette nouvelle situation et à continuer de croire en l'avenir plutôt que de vendre leur âme au Diable. Ce sont ces derniers dont l'histoire se souvient le plus souvent et certainement pas des premiers qui retournent leur veste à la première occasion. Quant à Monsieur Pascal Saint-Amans dont le métier affiché est de conseiller des gouvernements sans préciser lesquels (les conseillers sont certes des commissionnaires avisés, mais certainement pas les payeurs) et qui déclare que la Suisse doit respecter ses engagements envers les USA pour l'achat des avions de combat. Mais, pour qui se prend-t-il et de qui se moque-t-on ? C'est pas comme si on était dans un pays souverain en paix et qu'il n'y avait aucune urgence à se décider ? Non, cet avilissement ne serait qu'un début. Car, pourquoi s'arrêter quand on accepte de jouer le jeu de Trump pour obtenir à tout prix ses faveurs ? Et Pascal Saint-Amans de renchérir en déclarant que notre gouvernement devrait se contraindre à proposer "vraiment" et "absolument" au comité Nobel, comme l'a fait le Pakistan (merci pour la comparaison en matière de respect des droits humains!), d'accorder à Donald Trump la fameuse distinction de pacificateur à laquelle il prétend, mais dont le réel mérite fait toujours défaut en dépit de ses déclarations à l'emporte-pièce et sans lendemain aussi vites oubliées (par lui-même) qu'il les a prononcées. Et, Alexis Favre de surenchérir immédiatement en proposant d'offrir à ce cher Donald un caquelon en or, une Rolex en diamants, des skis en marbre (?) et un avion, certes pas aussi grand que celui du Qatar, mais certainement plaisant pour se déplacer de green en green et jouer ses parties de golf. Mais, soyons plus scandaleux encore ! Pourquoi ne pas faire voter par le Parlement une loi anti-anticorruption qui permettrait à la dynastie Trump de recevoir sur un compte numéroté aux Îles Vierges américaines quelques dizaines de millions de francs suisses, bien plus sûrs que les cryptomonnaies ? En tant que pays exemplaire en démocratie (il n'en reste plus beaucoup), nous pourrions même organiser un référendum pour mesurer le degré de moralité, respectivement d'immoralité, du peuple suisse à vouloir corrompre activement un Chef d'État en exercice aux seules fins d'obtenir un rabaissement des taxes douanières américaines. Alors, la Suisse retrouverait l'époque moyenâgeuse des Habsbourg et la tyrannie, non pas celle du bailli impérial Gessler, mais du Président "Kiss my ass !" (KMA pour les intimes). Reste à savoir si le mythe fragile de Guillaume Tell y survivra.