Dany Leprince, celui que les médias avaient baptisé "Le boucher de la Sarthe", a finalement obtenu après vingt ans de combat judiciaire le droit d'être rejugé suite à l'aboutissement d'une procédure de révision qui, fait rarissime et après deux tentatives, s'est dénouée favorablement. Ainsi, Dany Leprince sera le quatorzième condamné dans l'histoire judicaire française à pouvoir être rejugé pour les crimes qu'on lui a imputés en 1994 et pour lesquels il a déjà exécuté un peine de dix-huit années de réclusion. Rappelons que ce fait divers sanglant a détruit presque entièrement une famille lorsqu'en septembre 1994 on retrouve dans la villa voisine à la sienne son frère Christian, sa belle-sœur Brigitte, épouse de Christian, et ses deux nièces, Sandra et Audrey, respectivement âgées de dix et six ans, massacrés et tués au moyen d'une arme blanche qui vraisemblablement aurait été une feuille de boucher au vu des sévices infligés et de la profession exercée à l'époque par l'inculpé. La seule survivante de cette tragédie fut la troisième fille du couple, Solène, qui en raison de son bas âge, deux ans à l'époque des faits, fut vraisemblablement épargnée par le ou les auteurs du massacre. Lors de sa garde à vue, Dany Leprince avait finalement reconnu sa culpabilité pour le meurtre de son frère, et dont le mobile retenu fut très classiquement celui de la jalousie financière. Mais, il avait toujours refusé d'endosser le meurtre de sa belle-sœur et des deux enfants, ces derniers pouvant potentiellement être considérés comme des témoins gênants du fratricide et donc des victimes collatérales nécessaires du point de vue du meurtrier, mais insupportables aux yeux du monde parce que totalement vulnérables et innocentes.
Aujourd'hui, alors que la Cour de révision a renvoyé Dany Leprince à son statut d'accusé, puisqu'il doit être rejugé et donc renvoyé devant un tribunal pénal, et non à celui d'un innocent, comme tente de le faire croire faussement son avocat Me Olivier Morice qui, enjoignant au passage les parties adverses à faire preuve de retenue, n'hésite pas de son côté à recourir à une rhétorique inappropriée qui en fin de compte ne peut que desservir le mince filet de crédibilité obtenu de haute lutte par son client. Ainsi, lorsque ce même avocat qualifie de "monstruosité" un acte procédural prétendument à décharge concernant le témoignage de Solène sous prétexte qu'il n'aurait pas été transmis à l'autorité de jugement, alors que trois minutes auparavant, le journaliste Nicolas Poincaré avait usé du même vocable, mais cette fois-ci à bon escient, pour rappeler comme il se doit les circonstances dramatiques de la tuerie, cet excès de jargon en regard des faits d'origine pour tenter de donner à un argument une intensité dramatique qu'il n'a pas et donc risquer d'être perçu comme insignifiant, montre à quel point Dany Leprince et son défenseur demeurent quasi indifférents au sort réservé à la mémoire des quatre victimes sacrifiées de façon odieuse. Coupables à tout le moins de leur immodestie, ils ne pensent plus aujourd'hui qu'à leur petite personne et ne se soucient guère de savoir, puisque le seul accusé de la procédure s'en défend, qui a pu commettre ces crimes abominables, ce dernier se contentant de déclarer laconiquement et sans une once de révolte (pour un ancien condamné qui a purgé dix-huit ans de prison et se dit innocent des crimes qu'on lui a imputés, on a vu plus démonstratif) qu'il a bien une «petite idée», mais qu'il n'en dira pas plus, comme si toute cette histoire n'était qu'un interminable feuilleton tantôt réel, tantôt imaginaire ou virtuel, telle une sorte de jeu de devinettes macabres et pour tout dire risibles, et qu'il importe davantage de faire durer le suspense que de clore définitivement cette sale affaire et laisser en paix ces trop nombreuses âmes suppliciées. Pour sûr que si Dany Leprince a l'intention d'écrire ses mémoires, lui qui se considère désormais comme "innocent", il ne s'y prendrait pas autrement en se présentant aux médias et à l'opinion publique comme il l'a fait pompeusement et non sans une certaine indécence. Alors, pourquoi ne pas aller plus loin et réaliser à l'ère des True crime une série/documentaire pour satisfaire la voracité des plateformes de streaming? Mais, dans ce cas, il s'agirait de trouver de bons "nègres" littéraires, ceux qui en regard des droits d'auteur espérés, sauront redonner aux victimes ce minimum de dignité humaine balancé depuis fort longtemps aux oubliettes, comme par exemple en reconstituant minute par minute la soirée fatidique du 4 septembre 1994 et restituer le plus fidèlement possible les souffrances iniques endurées par les victimes: la dispute du père avec son agresseur puis ses cris d'effroi lorsque s'abat sur lui la feuille de boucher, les hurlements de la mère qui, prise à témoin, tente d'échapper à cet agresseur "fantôme", la sidération des deux enfants qui, confrontés au(x) meurtrier(s) de leurs parents et ne pouvant espérer aucune protection, demeurent tétanisés de frayeur jusqu'à ce que les premiers coups de lame tranchent leur chair et témoignent de l'acharnement du tueur à les faire taire en étouffant leurs cris stridents de douleurs. Que Diable, il s'agirait de vendre et faire en sorte que tout le monde en ait pour son argent. Quant à cette vérité toute nue et crue que tout un chacun semble vouloir encore attendre après plus de trente ans (la défense s'apprête-t-elle à sortir de son chapeau un rôdeur surprise façon Francis Heaulme?), que le public ne se fasse guère d'illusions, car, à part embrouiller les esprits, jamais ce type de commerce et d'industrie n'ont fait progresser de quelque manière que ce soit la vérité. Comme dans l'affaire Grégory (non résolue) ou l'affaire Flactif (résolue), seule la criminologie nous rappelle avant tout que ce sont dans les huis clos intra-familiaux morbides et pathologiques que se développent et s'entretiennent de façon redoutable la haine des envieux et ces désirs de meurtres et de destructions de l'autre qu'on jalouse et qu'on ne supporte pas ou plus, peu importe au fond qui a fait quoi, commis les passages à l'acte ou les a seulement instigués, l'essentiel étant que leurs auteurs ont tous contribué consciemment à faire surgir le malheur et/ou qu'aucun d'eux n'a cherché à l'empêcher. Et c'est alors seulement qu'on pourra s'apercevoir que toutes ces gesticulations ne sont que fariboles, billevesées et fantasmagories, ou, comme le diraient plus trivialement nos amis anglo-saxons, du bullshit.
Machine à brouillard
La Machine à brouillard est le titre d'un roman écrit par un illustre inconnu (Ken Kesey) et paru en 1962. Il fut joué au théâtre par l'acteur Kirk Douglas, mais la pièce passa inaperçu jusqu'à ce qu'un réalisateur tchèque nommé Milos Forman en fit en 1976 l'une des œuvres cinématographiques les plus récompensées, recevant notamment cinq Oscars, six Golden Globe et 1 César du meilleur film étranger. Il s'agit bien évidemment de Vol au-dessus d'un nid de coucous (One Flew Over the Cuckoo's Nest) qu'on aurait dû traduire par "Bienvenue chez les frappadingues !" ou encore "Un intrus chez les fous". Mais, à la différence du français, le coucou revêt en anglais un double sens: le volatile qui se permet de squatter le nid des autres en occupant une place qui n'est pas la sienne, mais aussi un type cintré ou cinglé. Jack Nicholson y joue le rôle de Mc Murphy, un délinquant des plus ordinaires qui, espérant échapper à la prison et se croyant plus malin que le système carcéral, décide de se faire passer pour un fou. Sa normalité lui fait très vite comprendre de quelles façons fonctionne l'institution psychiatrique de l'intérieur et que ceux qui sont internés n'ont pas d'autre choix que de se soumettre aux règles disciplinaires et aux thérapies de l'infirmière en chef, Miss Ratched (Louise Fletcher), qui campe le personnage d'une femme dépourvue d'empathie, psychorigide, voire inhumaine. C'est à cette figure de la psychiatrie que Mc Murphy va se heurter. D'un tempérament sympathique et jovial, il parvient à influencer les autres internés et leur faire prendre conscience de la liberté dont on les prive abusivement par conditionnement psychologique et chimique. Mais, il comprend aussi que s'il n'organise pas rapidement son évasion, son subterfuge de passer pour un fou se retournera contre lui et risque de lui faire perdre pour toujours sa liberté, la camisole chimique s'avérant bien plus redoutable et irrémédiable que celle des barreaux. D'origine tchèque, le réalisateur compara l'institution psychiatrique représentée dans le film à celle de la dictature communiste de son pays durant la guerre froide: un monde liberticide et oppressant. À tel point qu'il déclara: «À quel moment un individu qui met en cause l’autorité cesse-t-il d’être un héros et devient-il un fou ? Et vice et versa ?»
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