02 octobre 2026

Complots, complotisme et désordres séculiers


Y a t-il des organisations secrètes qui, se jouant de la Constitution, des lois et de l'État de droit, fomentent sous le vernis de la démocratie des conspirations ?

Le complot est à la dure réalité ce que le complotisme est au délire fantasque, le premier se servant parfois du second comme paravent pour ne pas être découvert. À l'inverse, le complotisme, en dépit des intentions crédules et naïves de ses relais ou "idiots utiles", ne fait que desservir la recherche de la vérité et s'utilise comme une arme de propagande pour faire diversion et atteindre des objectifs de nature politique et économique connus de ses seuls instigateurs. Imaginer des complots partout ne fera jamais avancer la cause de ceux qui, attachés aux valeurs démocratiques, veulent ardemment débusquer les vrais complots, ceux qui s'organisent dans des alcôves conspiratrices, au sein de cercle secret et factieux détenant le pouvoir, mais s'arrogeant des passe-droits contraires à la Constitution et aux lois qu'ils sont censés sauvegarder dans un ordre juridique qui se doit de respecter l'État de droit et ses Institutions. Ces complots là sont réels et n'ont rien à voir avec les agitations d'une bande d'illuminés qui crient au scandale contre une vaccination nécessaire pour stopper la propagation d'une maladie contagieuse ou qui accuse de façon calomnieuse les dirigeants d'un parti démocratique d'être à la tête d'un réseau pédophiles. À part créé le chaos et la confusion générale, le complotisme qui se revendique d'une certaine liberté d'expression ne produira jamais rien d'intéressant. Pire, en érigeant la calomnie en système de pensée et d'action (suivez mes éditos !), il devient une menace pour les vraies démocraties. C'est là le grand paradoxe de cette liberté d'expression qui, à force d'être anonyme et usée à tort et à travers, devient un redoutable poison, tant du point de vue individuel qu'à l'échelle d'une société dite démocratique. Passé ce préambule, on peut en déduire que le complot se niche par définition dans les sphères légales du pouvoir. C'est sa caractéristique propre qui, à l'inverse des organisations criminelles, revêt l'onction d'une autorité conférée par la loi et dont le détenteur mésusera ou abusera par action ou omission, le plus souvent soit parce qu'il en retire un enrichissement illicite (corruption ou prévarication avec avantage pécuniaire ou en nature), soit parce qu'il se conforme à des règles soi-disant déontologiques émanant d'un ordre séculier, comme celle à caractère mafieux qui interdit toute critique des affidés entre eux, ce qui ne manque pas de favoriser toute sorte d'abus et ententes illicites, tel les confréries et dont les plus connues et influentes aux temps actuels sont celle des médecins et des avocats qui, soi dit en passant, obligent chaque mandant personnellement à ne jamais violer le secret professionnel reçu de leurs patients ou clients, à moins d'y avoir été expressément autorisés par ces derniers.


Pour asseoir leur domination politique et économique, elles font alors un usage intensif du lobbysme et du corporatisme auprès du pouvoir législatif, ce qui trahit déjà les stigmates d'une dérive fasciste. Elles peuvent ainsi faire voter des lois qui leur sont par trop favorables et permettent par exemple d'expliquer en grande partie l'emballement incontrôlable auquel on assiste en matière de hausses ininterrompues des primes d'assurance-maladie en Suisse depuis plus de vingt ans (lire l'article Asssurance-maladie: l'emballement sans fin). Mais, le caractère pernicieux de leur pouvoir peut aussi se murer dans des détails sordides et a priori insoupçonnables, comme cette histoire que m'a racontée fidèlement un ami très cher: «Jean souffrait d'une dysfonction hépatite. A priori trois fois rien. Mais, il devait absolument suivre un traitement. Son assurance-maladie l'obligea à choisir un médecin-traitant. Pour parer au plus pratique, Jean fit le choix du médecin qui se trouvait le plus proche de son domicile. Il s'y rendit afin de se faire prescrire le remède approprié. Mais, ce que Jean ignorait c'est qu'un proche parent, parvenu, hargneux et vindicatif, consultait le même médecin dès lors qu'il avait appris par indiscrétion que Jean s'y rendait. Lors de ses consultations, ce parent ne cessait de calomnier Jean et payait à la fin beaucoup plus chèrement que son dû. Si bien que le médecin-traitant, au lieu d'aviser Jean de cette incompatibilité exécrable comme l'aurait fait tout gentilhomme, devint félon par lucre et par dédain, et trompa délibérément son patient sur la réelle nature de ses soins. Jean s'en plaignit à maintes reprises. Mais le médecin resta muet comme une carpe, se gardant bien de piper mot sur la conjuration fomentée. Alors, Jean finit par consulter d'autres carabins prétendument spécialistes. Mais, qui, à chaque rendez-vous, ne manquait pas de s'enquérir de l'identité de son médecin-traitant. Pour quelle raison me direz-vous ? Aucune, si ce n'est de violer le secret médical à l'insu du patient pour converser à son sujet et répandre à hue et à dia la calomnie afin que Jean ne pût jamais être traité conformément à ce que sa santé exigeait. À la fin, la maladie apparue brutalement et fit de Jean un invalide à charge de la société, faute de n'avoir pu l'expédier ad patres, comme il fut convenu dès le début entre nazillons lâches, pervers et corrompus. Mais, tout à la satisfaction de son proche parent, le malheur auquel on l'avait prédestiné s'était, par la maladie, quand même produit, lui accordant quelques années de sursis. Que l'on se fie trop aux apparences de ces gens que l'on dit honorables et sachants, et voilà qu'on peut bien affirmer: Adieu Prudence et bonjour la malveillance !»


Contrairement à la bien-pensance qui jusqu'à présent sacralisait le corps médical dans son entier, trois scandales retentissants de ces dernières années montrent enfin que cette corporation qui jusqu'à présent jouissait d'une quasi impunité de la part de la magistrature (à quelques rares exceptions historiques telles l'affaire des poisons sous Louis XIV ou le cas du Dr Petiot) est loin d'être irréprochable. Ainsi, dans l'affaire J. Le Scouarnec, entre le premier signalement fait à la suite de la découverte d'images pédopornographiques et la condamnation pénale interdisant définitivement l'exercice de toute activité médicale, il a fallu dix-neuf longues années au cours desquelles le chirurgien a eu tout loisir de s'adonner à ses penchants paraphiliques en violant  ses patients durant les traitements qu'il était censé leur prodiguer, ce qui en dit long sur le degré de laxisme et de complaisance qui peut régner dans les sphères du corporatisme médical et judiciaire. Sur la même décennie, on se rappelle également du cas du Dr Van Nierop, surnommé "Le dentiste de l'horreur", qui fit plus de cent victimes durant quatre ans entre 2008 et 2012. Enfin et dernier en date, la condamnation à la réclusion à perpétuité du Dr Frédéric Péchier qui, en sa qualité d'anesthésiste, a commis une trentaine d'empoisonnements, dont douze mortels, et qui aurait été mû, summum de la perversité, par un désir irrépressible de se venger sur les patients de ses confrères avec lesquels il se trouvait en conflit.


Fallait-il attendre qu'il existât des centaines de victimes pour enfin arrêter ces "sérial malfaiteur" en blouse blanche ? Combien de ces médecins à la dizaine de victimes continuent actuellement de pratiquer en toute liberté ? Quel seuil de tolérance à l'impunité les patients doivent-ils souffrir ? Quel seuil d'acceptabilité du nombre de victimes les autorités judiciaires s'accordent-elles en ce genre de circonstances pour ne pas agir et garantir toute impunité ? Cent victimes ? Cinquante ? Dix ? L'atteinte gravissime portée à une seule victime ne suffit-elle pas ? Certes pas. À tel point que cette impunité de caste dont jouissent ces corporations rende leur membres tellement intouchables qu'ils se sentent d'autant plus autorisés à commettre l'impensable et à agir, pour les plus corrompus d'entre eux, comme d'authentiques sicaires à retardement tant que la discrétion est de mise et que les proches de victime ne s'en plaignent pas, voire y trouvent leur propre compte. Complotistes de tout poil et de tout horizon, vous rêviez de vrais complots à vous mettre sous la dent ? Vous voilà copieusement servis de quoi rassasier vos appétits.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

N'hésitez pas à laisser un commentaire, de préférence non anonyme ! Merci de votre compréhension !