Tout le monde se souvient du mea culpa public auquel avait consenti de bonne grâce Mark Zuckerberg sur la demande insistante des sénateurs à l'endroit des nombreuses familles de victimes qui assistaient aux auditions concernant la responsabilité des GAFAM, plus particulièrement de TikTok et Meta (Facebook), dans la mise en place durant de nombreuses années d'algorithmes addictifs et d'enfermement ciblant les enfants et adolescents et dont certains se sont donnés la mort où ont été victimes de pédo-criminels et de harcèlement sexuel. Dans le documentaire Cinq femmes contre les Big Five réalisé par Élisa Jadot en 2024, on découvre la stratégie perverse de certaines plateformes qui pour des motifs purement mercantile favorise auprès de jeune usager le scrolling en leur présentant des contenus totalement toxiques pour leur âge, voire illicites, tels l'obsession de la maigreur, la fascination pour la mutilation et le suicide, l'exposition de leurs données personnelles auprès de milieux pédophiles. À la même époque, on se souvient que les électeurs MAGA lançaient leur chasse aux sorcières contre les contenus woke (lire l'article : Guerre larvée autour de la protection de l'enfance) et leur propension à vouloir interroger de manière intempestive les enfants sur leur identité sexuelle. Cette croisade n'était pas sans fondement. Mais, en comparaison des algorithmes toxiques et addictifs débattus devant le Congrès au même moment, si on avait voulu organiser une diversion médiatique sur la protection de l'enfance, on ne s'y serait pas mieux pris. Ce fut l'arbre qui cachait la forêt, celle d'innombrables souches malfaisantes se chiffrant en milliards de dollars.
De son côté, l'Europe n'est pas restée les bras croisés. Depuis février 2024, elle s'est donné les moyens de réguler les plateformes grâce à un arsenal juridique appelé Digital Services Act (DSA) qui, entre autres, interdit toute publicité visant des mineurs ou l'exploitation de leurs données personnelles et oblige les plateformes à plus de transparence sur le fonctionnement de leurs algorithmes. La Commission européenne a en outre le pouvoir d'infliger directement des amendes financières aux réseaux sociaux qui s'aviseraient d'enfreindre les règles européennes. Mais, le plus affligeant se passe du côté des USA où rien ne bouge en raison des centaines de millions de dollars que les plateformes consacrent auprès de leurs lobbies pour retarder l'adoption par leurs politiciens de tout législation qui rendrait responsables les plateformes du contenu qu'elles hébergent. Et, au vu du modèle d'affaires fructueux qu'elles ont conclus tacitement avec l'administration actuelle, ce n'est pas sous l'ère trumpienne que cette métamorphose se produira. Quant aux familles des victimes qui se sont présentées devant le Sénat, elles continuent à ce jour leur long parcours judiciaire devant les tribunaux civils américains dans l'espoir d'obtenir un jour une juste compensation financière des souffrances psychologiques et familiales que ces réseaux sociaux leur ont fait subir. Rappelons qu'à ce jour quatre pays ont adopté une interdiction légale stricte pour les mineurs d'accéder aux réseaux sociaux (Australie, France, Indonésie et Émirats arabes unis). D'autres pays sont en voie de le faire et dont la plupart sont européens. Enfin, la Chine, l'Allemagne, l'Italie et le Brésil exigent d'ores et déjà un encadrement strict sous responsabilité parentale.

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