30 octobre 2026

Vague scélérate à l'âme : Entre désespoir, incertitudes et espérance


Voilà un titre le moins offusquant possible pour tenter de parler d'un sujet aussi tabou que perturbant qui est celui du suicide, de sa place dans nos sociétés actuelles et de son évolution. Nul doute que ceux qui y songent le plus souvent sont les personnes atteintes par le grand âge qui chaque matin que Dieu fait doivent encore se poser la question du sens et de la nécessité de poursuivre leur existence, a fortiori quand on est atteint de maladies chroniques incurables, qu'on ne puisse pas en atténuer les souffrances, qu'on se sent diminué physiquement et moralement sans toutefois perdre son discernement. Car, s'il y a un moment "propice" à s'interroger sur notre finitude et le rapport que l'on entretient avec la mort, c'est bien au détour du stade de notre vie où se présente la dernière ligne droite, ce qui n'est pas le moindre des privilèges si on y est parvenu, tant la vie réserve en ce bas monde des lots d'obstacles et de malheurs parfois fatals s'ils ne sont pas surmontés. S'inspirant du Mythe de Sisyphe, Albert Camus estime que le suicide (et donc la mort au sens ontologique) est la seule question fondamentale qu'il convient de résoudre en philosophie : Être en mesure de juger soi-même si notre vie vaut ou ne vaut pas (ou plus) la peine d'être vécue. Dans la Bible, le suicide n'est jamais cité, mais il est évoqué notamment dans l'Ancien Testament pour narrer la fin tragique de personnages qui se sont humiliés par leur défaite ou ont trahi. Il en fut ainsi de Judas Iscariote qui, après avoir vendu Jésus, a rendu cet argent qui l'a corrompu, puis va se pendre (Mathieu 27:5). Selon le sixième Commandement "Tu ne tueras point", la théologie considère que le suicide est un péché, car la vie humaine étant sacrée, cette interdiction s'applique également à soi-même. C'est évidemment une loi divine intangible qu'on ne saurait enfreindre à la légère comme c'est souvent le cas chez les jeunes ou les adultes dans la force de l'âge poussés soudainement au désespoir par leurs "cons-génères" et leurs sordides complots destinés à rejeter, harceler et calomnier leurs semblables. Ces soi-disant moralistes sentencieux n'aspirent en fait qu'à la mort sociale (si elle n'est pas physique) de celui qui dérange le troupeau par sa singularité ou son anticonformisme, là où le bêlement des moutons de panurge doit rester invariablement le même. Socrate qui fut condamné à mort pour ses idées l'a appris à ses dépens en préférant se suicider plutôt que d'endurer la souffrance physique et l'humiliation d'une exécution publique. Car, il en va ainsi des croyances populaires et religieuses qui considère la mort comme une rétribution suprême qui équivaudrait à la peine capitale selon ce que l'eschatologie judéo-chrétienne préfigure de l'Après-vie. Mais, en est-on vraiment sûr si personne n'a de certitudes sur ce qui se passe après la mort ?  Pourtant, la philosophie a beaucoup à nous apprendre sur ce thème aussi éternel que la vie. L'écrivain et moraliste Montaigne n'affirme t-il pas que philosopher c'était d'une certaine façon apprendre à mourir ? S'inspirant des présocratiques, Platon (428-348 av. JC) évoque déjà dans son ouvrage La République le cycle des renaissances et le concept de métensomatose qui postule que si l'âme de chaque être est éternelle, sa pérennité passe forcément d'un corps à un autre. Trois siècles plus tard, Le Christ se veut encore plus précis (Jean 5.20-29): «En vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole et croit en celui qui m'a envoyé, a la vie éternelle. Il ne vient pas en jugement, mais il est passé de la mort à la vie.» Quant au philosophe gréco-romain et néoplatoniste Plotin (205-270), il dira de la métensomatose qu'elle correspond à une réincarnation dans un autre corps humain. Au fond, on peut en déduire que la métensomatose est à la philosophie ce que la résurrection par la chair est au christianisme. Passée cette étape de démystification, la question de sa propre finitude et du suicide peuvent s'appréhender avec un peu plus de sérénité pour ne pas en venir, comme le met en garde Camus, à se tuer pour de mauvaises raisons parce qu'on serait dépassé par la vie et qu'on ne la comprendrait pas. Car et quoi qu'on en dise, aux certitudes erronées que l'on prête à la mort, il vaut mieux toujours choisir les risques de la vie. Pour les autres (et seulement eux), l'éventualité même du suicide peut être vécue comme une consolation, un soulagement, comme l'écrit Emil Cioran, auteur connu pour son indécrottable pessimisme et son ironie de l'absurde dans Syllogismes de l'amertume: «Sans la possibilité du suicide, je me serai tué il y a longtemps.» Ou, encore, «Il ne faut pas se tuer tout de suite s'il y a encore quelqu'un à décevoir.» Précédant d'un siècle les mouvements citoyens revendiquant le droit de mourir dans la dignité, notamment grâce à une dépénalisation de l'assistance au suicide, Friedrich Nietzsche va jusqu'à évoquer dans son ouvrage Ainsi parlait Zarathoustra l'idée d'une mort choisie et opportune par ce mantra: «Meurs au bon moment !» Car, commettre prématurément l'irrémédiable en étant convaincu de quitter définitivement ce monde difficile par nature et donc forcément honni pourrait s'avérer être d'une grande illusion et surtout un regrettable malentendu.

16 octobre 2026

Cardialogues : Confession d'un malfaiteur agissant en bande organisée (2/2)


Savez-vous qu'au moment de la conception d'un embryon, la première cellule qui se crée après la rencontre du spermatozoïde avec son ovule est celle d'une cellule cardiaque ? C'est elle qui permet à la vie de prospérer, tout comme c'est elle qui par le phénomène d'apoptose ou de mort des cellules signe le vieillissement de l'individu et son déclin plus ou moins lent ou rapide selon les traitements que nous autres médecins décidons d'administrer à nos patients. Élevé par un père plombier, je me suis destiné à la cardiologie car j'ai toujours pensé que le système cardio-vasculaire d'un individu et ses maladies pouvaient s'apparenter à des problèmes de plomberie qui se bouche et se débouche selon les circonstances, l'état de santé de l'individu, son hygiène de vie et les moyens chirurgicaux qui permettent d'intervenir sur les vaisseaux sanguins, à la différence toutefois que leurs conduits ne sont pas fait de plomb, mais de cellules vivantes qui par définition supportent mal tout contact avec des corps étrangers qu'on implante comme ces stents métalliques qui sont censés débouchés les artères, coronaires ou vaisseaux de toute sorte pour permettre au sang de continuer à circuler et apporter les nutriments et l'oxygène nécessaires aux organes. C'est ainsi que je ne suis spécialisé dans le domaine de la cardiologie interventionnelle, un domaine toujours plus lucratif dès lors que l'augmentation moyenne de l'espérance de vie accroît toujours plus les risques d'athérosclérose qui, pour faire simple, équivaut à la maladie de la tuyauterie bouchée qui forcément par l'effet du temps et de l'usure devient inéluctable pour chaque spécimen. Néanmoins, ce processus morbide peut s'avérer plus ou moins rapide selon les individus, leur génétique et leur hygiène de vie, pas seulement physique, mais également familiale ou sociale. En effet, j'aime à croire que le droit à vieillir en bonne santé et donc d'être soigné correctement, ou même continuer de vivre, n'a rien d'un droit acquis personnel. Contrairement aux idées reçues, il ne dépend pas du paiement régulier de vos primes d'assurance-maladie tout le long d'une vie (aussi chères fussent-elles), ni du bon accomplissement de votre devoir de citoyen qui se voudrait irréprochable (mais qui l'est vraiment ?), ni de valeur comme le courage, l'honnêteté, le travail et la persévérance qui à mon goût sont toutes relatives et n'ont pas à être récompensées. Non ! Le seul critère déterminant à mes yeux est celui de la réputation que s'est faite un patient auprès de ceux et celles qui le connaissent: ses proches, ses collègues ou toute personne prompte à diffamer et à laquelle je suis tenu par le secret médical, mais aussi par des avantages pécuniaires que la morale réprouve. Tel est mon adage: Primum non nocere, nisi corruptus, qui, inspiré d'Hippocrate, est le serment hypocrite du médecin qui, certes, ne doit jamais nuire, sauf à être corrompu. C'est là que réside mon vrai pouvoir, celui dont j'use et abuse, soit juger qui de mes patients je soigne ou je condamne. Et pour cette sentence de vie, de sévices physiques et psychologiques, ou de mort prématurée, je n'ai besoin de rendre de compte à personne, ni à la justice des hommes qui protège l'honorable citoyen que je suis, ni à Dieu que je n'ai nulle raison de craindre au vu de l'impunité que mes congénères, juges, magistrats et avocats, m'octroient et qui atteste au demeurant d'une totale impuissance supposée divine à m'empêcher d'agir comme bon me semble. À titre d'exemple, je me souviens du patient L. venu en consultation dans mon cabinet et qui souffrait de dyslipidémie (excès en cholestérol) pour la simple et bonne raison que son médecin traitant lui mentait sur ses résultats sanguins depuis des années et ne lui donnait pas la posologie adéquate en statines, à une époque par ailleurs pas si lointaine où les producteurs de l'émission 36,9 furent instrumentalisés par les lobbies de la cardiologie, comme en témoigne la diffusion de leur reportage intitulé "Cholestérol, un business qui rend malade" (lire l'article: Le reportage crassement infox du magazine médical 36,9 de la RTS). En tant que cardiologue, j'aurais dû rectifier cette faute à temps et éviter ainsi toutes complications futures. Mais, entre confrères, la règle tacite et opportune est de ne pas marcher sur les plates bandes de l'autre, toute autre considération liée à la prévention ou à l'économicité des coûts de la santé étant secondaire, parce que contraire à nos intérêts. Comme il faillait s'y attendre, l'état de santé de L. se dégrada au fil des ans. Si bien qu'un beau jour, il vint à mon cabinet en vue de procéder à des examens complémentaires. Je lui proposa de faire une coronarographie afin d'examiner par imagerie s'il existait des rétrécissements importants (sténoses) de ses artères coronaires. Comme il s'agissait d'un examen intrusif (perforation du poignet afin d'introduire une sonde au niveau du cœur), il me demanda si d'autres examens moins risqués existaient. Je l'invita à faire un scanner cardiaque qui ne put aboutir en raison d'une calcification précoce et importante de ses artères, ce qui rendait impossible la mise en évidence de sténose par injection du produit de contraste. L. se résolut finalement à accepter la angiographie proposée, mais refusa de donner son consentement à toute angioplastie ou pose de stent.


02 octobre 2026

Complots, complotisme et désordres séculiers (1/2)


Y a t-il des organisations secrètes qui, se jouant de la Constitution, des lois et de l'État de droit, fomentent sous le vernis de la démocratie des conspirations ?

Le complot est à la dure réalité ce que le complotisme est au délire fantasque, le premier se servant parfois du second comme paravent pour ne pas être découvert. À l'inverse, le complotisme, en dépit des intentions crédules et naïves de ses relais ou "idiots utiles", ne fait que desservir la recherche de la vérité et s'utilise comme une arme de propagande pour faire diversion et atteindre des objectifs de nature politique et économique connus de ses seuls instigateurs. Imaginer des complots partout ne fera jamais avancer la cause de ceux qui, attachés aux valeurs démocratiques, veulent ardemment débusquer les vrais complots, ceux qui s'organisent dans des alcôves conspiratrices, au sein de cercle secret et factieux détenant le pouvoir, mais s'arrogeant des passe-droits contraires à la Constitution et aux lois qu'ils sont censés sauvegarder dans un ordre juridique qui se doit de respecter l'État de droit et ses Institutions. Ces complots là sont réels et n'ont rien à voir avec les agitations d'une bande d'illuminés qui crient au scandale contre une vaccination nécessaire pour stopper la propagation d'une maladie contagieuse ou qui accuse de façon calomnieuse les dirigeants d'un parti démocratique d'être à la tête d'un réseau pédophiles. À part créé le chaos et la confusion générale, le complotisme qui se revendique d'une certaine liberté d'expression ne produira jamais rien d'intéressant. Pire, en érigeant la calomnie en système de pensée et d'action (suivez mes éditos !), il devient une menace pour les vraies démocraties. C'est là le grand paradoxe de cette liberté d'expression qui, à force d'être anonyme et usée à tort et à travers, devient un redoutable poison, tant du point de vue individuel qu'à l'échelle d'une société dite démocratique. Passé ce préambule, on peut en déduire que le complot se niche plus souvent qu'on l'imagine dans les sphères légales du pouvoir. C'est sa caractéristique propre qui, à l'inverse des organisations criminelles, revêt l'onction d'une autorité conférée par la loi et dont le détenteur mésusera ou abusera par action ou omission, le plus souvent soit parce qu'il en retire un enrichissement illicite (corruption ou prévarication avec avantage pécuniaire ou en nature), soit parce qu'il se conforme à des règles soi-disant déontologiques émanant d'un ordre séculier, comme celle à caractère mafieux qui interdit toute critique des affidés entre eux, ce qui ne manque pas de favoriser toute sorte d'abus et ententes illicites, tel les confréries et dont les plus connues et influentes aux temps actuels sont celle des médecins et des avocats qui, soi dit en passant, obligent chaque mandant personnellement à ne jamais violer le secret professionnel reçu de leurs patients ou clients, à moins d'y avoir été expressément autorisés par ces derniers.


18 septembre 2026

Avions de combat F-35 : Chronique d'une adjudication truquée et du plus phénoménal déni de démocratie directe

Avions de combat F-35: Le seul gagnant possible
Avions de combat F-35: Le seul gagnant possible

Lorsque j'écrivis mon dernier article sur l'armée suisse qui voulait durcir l'accès au Service civil faute d'enthousiasme de notre jeunesse de se lancer dans un service militaire (lire l'article, Durcissement du Service civil: L'Armée suisse en mauvais joueur), je croyais avoir mis en exergue les principales incuries que cette armée et ses dirigeants avaient commis ces dix dernières années pour en être arrivé au point où une bonne partie de la population, notamment les Romands, n'ont plus vraiment confiance dans l'institution et de ceux qui la représentent. Je m'aperçois qu'avec l'achat des avions de combat F-35 auprès de la firme américaine Looked Martin, j'étais encore loin du compte et en-deçà de la réalité telle qu'elle s'égraine aujourd'hui dans les médias pour narrer à quel point cet achat qui fit l'objet d'un référendum approuvés à 50,1% par la population suisse en 2020 était entaché de fausses informations et promesse, notamment celle de la Conseillère fédérale Viola Ahmerd qui avait garanti publiquement un prix fixe par avion, promesse qui s'est avérée illusoire et aurait pu faire basculer l'issue de ce vote vers un refus populaire du budget militaire mirifique demandé. À écouter les politiciens et autres commentateurs concernés, on se demande aujourd'hui comment un tel pataquès a pu se produire entre le Département militaire, l'Assemblée fédérale, l'Office fédéral de l'armement (Arma suisse) et les États-Unis. Sont-ils tous réellement des amateurs ou y a t-il des escrocs voltigeurs suffisamment habiles pour être passés entre les mailles de la justice ? D'ailleurs, s'agissant d'une dépense publique de cette importance, on doit d'abord s'étonner que celle-ci fut exemptée de respecter la loi fédérale sur les marchés publics qui par principe lorsqu'elle est scrupuleusement respectée par l'Administration permet d'éviter tous ces prétendus malentendus, mensonges, absence de transparence et de voies de recours. Hélas, au titre de dépenses militaires, c'est un autre régime légal qui s'applique décidé en l'espèce par le Conseil fédéral et le Parlement et que ces derniers baptisèrent Air2030. Cette procédure d'évaluation pour le choix du futur avion de combat devait obligatoirement respecter les règles suivantes :

  • Une mise en concurrence formelle entre quatre constructeurs (Eurofighter pour Airbus, Rafale pour Dassault, F/A-18 Super Hornet pour Boeing et F-35A pour Lockheed Martin).

  • Le respect des principes directeurs de l'activité administrative : égalité de traitement entre candidats, transparence des critères d'évaluation, efficience économique et traçabilité des décisions.

  • Des règles spécifiques d'acquisition de gouvernement à gouvernement (Government-to-Government via le mécanisme américain FMS)

Or, selon le Contrôle fédéral des finances (CDF) et la Commission de gestion du Conseil national (CdG-N), Arma suisse,  chargé de respecter cette procédure, commit de graves manquements à ses obligations d'équité et de rigueur :

  • Rupture d'équité sur le prix : Les constructeurs européens remirent en toute transparence des offres soumises à des règles de révision des prix ou d'inflation compréhensibles. En acceptant une prétendue «garantie de prix fixe» américaine — pourtant incompatible avec la loi américaine du Foreign Military Sales (FMS), ce que le département militaire ne pouvait ignorer,  Arma suisse faussa délibérément la comparabilité financière entre les offres soumises pour avantager irrégulièrement le F-35 qui profita à la faveur de "négociation" contraires aux règles d'équité de sous-évaluer en apparence seulement son prix de deux milliards de francs par rapport à ses concurrents.
  • Défaut de traçabilité et négociations parallèles : Les commissions parlementaires ont pointé des contacts informels, des échanges par simples e-mails et l'absence de procès-verbaux formels sur des points déterminants de l'accord financier, ce qui ne pouvait que nuire à dessein à la transparence nécessaire aux fins de vérifier la régularité du processus d'adjudication.
  • Secret excessif autour de la matrice de sélection : Le Tribunal administratif fédéral (TAF) dut contraindre Arma suisse à lever le secret sur les 79 critères et pondérations utilisés, l'Office ayant dissimulé des aspects clés de son barème au public et au Parlement.

04 septembre 2026

Neutralité suisse: La crise nostalgique de Christophe Blocher

Après la Corée du Nord, l'Iran, bientôt la Suisse ?
Refuser de soutenir une Europe démocratique ? Telle est la question.

Le tribun de l'UDC n'a guère apprécié que la Suisse se range du côté des sanctions économiques prises par l'UE contre la Russie à la suite de la guerre d'agression décidée par le despote du Kremlin contre sa cousine l'Ukraine et dont personne encore n'en voit la fin alors que le nombre de victimes civiles et militaires a dépassé  le million de tués et blessés. On savait son parti profondément europhobes. Non pas au sens économique du terme bien évidement, car les pays de l'UE demeurent le premier marché pour les exportations helvétiques (pas folle la mouche), mais au sens strictement politique, si tant est que dans un domaine comme la neutralité on puisse réellement séparer sur le long terme la politique d'une économie qui se voudrait alors totalement amorale. Car, on l'a bien compris, si l'UDC aime l'euro, elle n'entend nullement épouser les valeurs politiques de l'UE et veut pouvoir jouer à fond le business opportuniste quand et comme cela lui chante. Ainsi, la population suisse a pu goûter amèrement ce que cette farouche indépendance lui à coûté ce jour de 2025 où Donald Trump décida de taxer les seules exportations suisses à hauteur de 39% au lieu des 15% retenus pour l'ensemble des pays membre de l'UE (lire article: Trump, du prix Nobel de la vulgarité au racket du siècle...?). Mais, plutôt que d'assumer cette déconvenue stratégique majeure et en tirer de nouvelles conclusions, on a vu ses politiciens en remettre une couche, courber l'échine devant le président américain, cherchant absolument à sauver les meubles, en flagorneries et petits cadeaux de toute sorte, comme au bon vieux temps des colonies, lorsque les colonisés s'agenouillaient aux pieds de leurs impérateurs pour les baiser afin d'obtenir faveurs et prébendes de toute nature ou quantité. Si le prix de cette neutralité est celui-là, de deux choses l'une: Ou Christophe Blocher commence à saupoudrer les fraises et ne comprend plus rien à rien en matière de géopolitique actuelle, ce qui ne peut être exclu au vu son âge avancé, mais, dans ce cas, que fait son entourage? Ou c'est un très grand nostalgique de la Suisse de naguère, souvenez-vous, celle qui commerçait avec le régime d'apartheid en Afrique du Sud, qui blanchissait le pognon sale contenu dans les sacoches des plus grands dictateurs et prévaricateurs de ce monde, qui collaboraient avec les nazis en aidant les banques suisses à planquer l'or et les biens spoliés et en soutenant l'économie de guerre du IIIème Reich jusqu'à ce que les alliés finissent par mettre le holà à cette soi-disant neutralité helvétique d'antan si chère à son cœur.


Bien ouais, la neutralité "stricte" de Christophe Blocher c'est aussi et surtout tirer le Diable par la queue tant que ça rapporte et que cela ne se voit pas trop. De ce point de vue là, on comprend aisément que pour Christophe Blocher les sanctions économiques de l'UE reprises par la Suisse sont autant d'opportunités gâchées de faire de l'argent facile partout en Russie, tout simplement en court-circuitant l'embargo européen, et de surcroît se montrer déloyal en prenant la place de pays "amis" qui par convictions démocratiques et solidarité morale envers l'Ukraine ont su faire preuve de détermination en cessant tout commerce avec l'assaillant et en s'opposant clairement à sa politique belliciste. A contrario de ce que font certains États voyous, sans foi ni loi, comme par exemple la Corée du Nord de Kim Jong-un ou l'Iran des Gardiens de la révolution. Exit donc les sanctions décidées par l'U.E. Car, pour Christophe Blocher, la Suisse ne doit reconnaître que celles votées par l'ONU qui soudainement trouve grâce à ses yeux, au moment précis où les États autocratiques sont devenus majoritaires en son sein et sont directement responsables de l'impuissance onusienne à favoriser la paix dans le monde et mettre au ban de l'ordre international ses mauvais élèves. Au fond, ce probable dernier combat de Christophe Blocher (peut-être celui de trop) ne trahit-il pas le rêve inavouable de cet ancien Conseiller fédéral et fils de pasteur, celui du péché d'orgueil de faire de sa patrie un pays dont les seules valeurs qui comptent vraiment sont d'offrir aux plus malins le droit de s'enrichir sans états d'âme sur le malheur des autres, dût-il donner de la Suisse la piètre image d'un pays figé, nombriliste et empêtré dans des références politiques d'un autre âge, comme celui du XIXème siècle. À l'instar du Chef de guerre Vladimir Poutine qui, pour regagner la flamboyance de l'Empire tzariste perdu, rumine sa revanche personnelle pour faire de sa guerre en Ukraine une monstrueuse DeLorean (voiture spatio-temporelle du film Retour vers le futur) qui, depuis quatre ans, est conduite par la fierté débile d'un coq sans tête qui forcément n'ira nulle part, sauf à tuer un maximum de gens, engendrer haine, violence et désolation, mais ne fera jamais rien ressusciter du passé, sinon la barbarie humaine. Et ce maudit Doc Poutine, ayant compris tout l'enjeu de cette votation insolite au cœur de l'Europe, ne loupe pas une occasion de soutenir le richissime trublion Blocher qui, à son tour, ne paraît nullement indigné ou même embarrassé (comble de l'ironie pour cet ancien ministre d'une démocratie directe qui se voudrait exemplaire) par une alliance contre nature avec l'inégalable grand maître de la kleptocratie qui, pour le coup, serait évidement ravi de voir la Suisse basculer du mauvais côté de l'Histoire.

21 août 2026

Démographie: Fécondité et hantise du Grand Remplacement

Comparaison taux de fécondité
Laura Bernardi, professeure en démographie et sociologie, est venue présentée dans l'émission Les Beaux-Parleurs les résultats d'une étude datant de 2024 et qui montre que la fécondité en Suisse est en baisse constante. Cela n'a rien d'un scoop, puisque cette tendance s'observe depuis des dizaines d'années et s'inscrit aussi sûrement dans le long terme que l'évolution d'une société toujours plus individualiste qui fait peser sur les épaules de futurs parents des responsabilités éducatives et financières toujours plus grandes par enfant alors que les sociétés traditionnelles au sein desquelles existait jadis une solidarité intergénérationnelle ont totalement disparu sous nos latitudes. Partant, il est aisé de comprendre que le projet de parentalité fait de moins en moins rêvé, sauf à être soutenu par une politique nataliste qui se voudrait massive et surtout interne pour éviter tout appel d'air en faveur de l'immigration. Car, si dans une société traditionaliste, les parents pouvaient espérer un retour sur investissement de la part de leurs chérubins (travail précoce des enfants, prévoyance vieillesse, etc.), cette solidarité intergénérationnelle de naguère a été au fil du temps rompue par l'instauration de l'AVS et la prévoyance professionnelle entre autres, bref tout une série d'avancées sociales que nos ascendants ont applaudie des deux mains. Et, on aura beau montrer une nostalgie de façade envers nos aïeux en se disant un peu hypocritement que c'était mieux avant, personne ne songerait pour autant à lancer une initiative pour abroger l'AVS ou rétablir la dette alimentaire des enfants envers leurs géniteurs.


Alors, comment faire pour éviter un potentiel déclin démographique puisque la bien-pensance voudrait que le taux de fécondité ne soit pas inférieur à deux enfants par femme. Pourquoi le chiffre deux et pas un autre? Parce qu'il correspond au modèle monogamique traditionnel (laissant par exemple de côté le cas des femmes "ayant fait un bébé toute seule") et que, partant, ce taux serait le seul chiffre qui puisse maintenir sur le long terme une population indigène stable. Et, sinon quoi?  Serait-ce donc cela la mesure du grand remplacement? Disons le tout net! Avec un taux de 1,28 enfant par femme (2025), la Suisse est bel et bien entrée depuis déjà des dizaines d'années dans un processus de "grand remplacement", ce qui n'a pas empêché une majorité du pays de refuser récemment le plafonnement de sa population à dix millions d'habitants. Car, le grand remplacement, c'est aussi le terme délibérément anxiogène que les partis anti migratoires choisissent de propager dans une société multiculturelle pour égarer les électeurs et faire le plein de voix. Tout en faisant oublier aux mêmes électeurs que les migrations humaines existent depuis des temps immémoriaux et qu'elles ne sont pas près de s'interrompre avec depuis 2010 le retour en force des régimes autocratiques et donc une régression au niveau mondial des populations sous régimes démocratiques qui sont passés au cours des quinze dernières années de 50% à 25% (indice V-Dem pour Varieties of Democracy), la multiplication des conflits armés qui en est fatalement le principal corollaire puisque seules les démocraties peuvent garantir sur le long terme des rapports pacifiés entre États, et cerise sur le gâteau, le dérèglement climatique qui vient couronner l'extrême gravité de ce constat. C'est dire si le besoin d'immigration à destination des pays démocratiques n'a pas fini de se poser. Mais, s'il vous vient l'idée de vous arcbouter sur une fécondité minimale qui remplacerait idéalement vos chers géniteurs, demandez-vous si cette compréhension du problème ne recèlerait pas un vieux fond de racisme? Comme s'il paraissait inconcevable que nous puissions croître et nous multiplier uniquement entre congénères du même patelin ou bled, histoire de rester strictement entre nous, bref de ne surtout pas nous mélanger avec des étrangers, sans même qu'il ne soit nécessaire d'évoquer les risques de consanguinité à long terme. Pourtant, les Saintes Écritures sont très claires à ce sujet. Jamais, elles n'interdisent le métissage (Genèse 9,1 et 9,7). Alors, ce taux de fécondité de deux points zéro qui n'est, ni plus, ni moins, qu'un taux de remplacement au sens statistique, ne comporte-t-il pas en lui-même une arrière-pensée racisée qui sert inconsciemment un argumentaire anti migratoire? Et pour ceux qui croient dur comme fer à la menace politique du grand remplacement et veulent s'en prémunir, pas la peine de réinventer la roue. Il y a des pays qui dans ce domaine sont de vrais modèles ayant fait leurs preuves et sont mêmes champions du monde. Comme par exemple l'Afghanistan des Talibans ou les pays du Sahel: Niger, Mali, Somalie. Alors, un tantinet déçu? Comme je vous comprends. Mais, il arrive un moment où on ne peut pas tout avoir: l'éducation, la santé, l'émancipation féminine, l'égalité, la contraception, la liberté sexuelle, la sécurité et bien sûr la prospérité économique, le tout enrobé de politiques extérieures irresponsables qui ne font que maintenir au pouvoir des autocrates et autres potentats dont le projet politique n'est rien d'autre que celui de s'enrichir personnellement sur le dos de leur peuple. Puis, par-dessus de ce marché, vouloir tout garder par-devers soi en distillant la haine de ces migrants en recherche d'un espoir  d'avenir que leurs dirigeants sont incapables de leur offrir. Ayons au moins la franchise de l'admettre, sinon nous serions vraiment (mais alors vraiment) inconséquents...en plus d'être déjà cyniques et inhumains.

07 août 2026

Coaching: La grande foire aux illusions


Avec l'avènement des réseaux sociaux, le coaching privé est devenu une des offres de mandat les plus répandues sur internet, chacun et chacune y défendant ses compétences particulières pour des prix horaire compris entre 50 et 250 euro selon qu'il s'agit de coaching sportif ou de vie. Mais que peut-on exiger de ces nouveaux gourous qui se définissent comme des partenaires. Au sens de sa terminologie officielle et telle qu'elle est définie par les grandes fédérations internationales de certification (comme l'ICF - International Coaching Federation ou l'EMCC - European Mentoring and Coaching Council), le coaching a une définition bien spécifique, car le chaland ne doit pas se méprendre. En réalité, il ne s'agit ni de conseil, ni de thérapie, ni de formation. Selon les standards certifiés, le coaching se cantonne à être un partenariat d'accompagnement, soit un processus de réflexion et de créativité qui inspire le coaché à maximiser son potentiel personnel et professionnel. Contrairement aux idées reçues, il n'est pas un expert qui apporte des réponses, mais un facilitateur qui sert à clarifier les objectifs à atteindre par le coaché, qui permette à celui-ci de comprendre ses propres modes de fonctionnement, ses croyances limitantes et ses angles morts grâce à une remise en question qui, à la fin des fins, doit permettre au client de devenir pleinement autonome et responsable de son changement, sans créer de dépendance vis-à-vis du coach. Dis comme ça, ça a l'air très beau sur le papier et semble créer un potentiel d'échanges humains et commerciaux faramineux pour ces nouveaux métiers deux points zéro issus du monde numérique.


Mais, dans un domaine aussi intangible et fluctuant que les relations humaines, comment s'assurer que le coach envisagé n'est pas un charlatan? Et, d'ailleurs, en voyant ces nouveaux marabouts qui prétendent déceler vos forces et faiblesses et ne vous promettent pas moins que de les sublimer, comment s'assurer de ne pas tomber dans une forme de confusion et tromperie généralisées, de manipulation, d'escroquerie et de traquenard à l'argent et aux sentiments? D'ailleurs, face aux sempiternels problèmes que sont le développement personnel et l'inexpérience de la vie qui ne s'apprennent et ne se remportent essentiellement qu'en se cognant aux dures réalités de la vie et par autant de victoires que d'échec successifs, on se demande comment les précédentes générations sans internet se dépatouillaient pour en venir à bout. On pense d'abord aux sciences paramédicales comme la psychologie, puis celles plus anciennes telle la philosophie ou encore aux questions incontournables sur la spiritualité, la foi et le sens de la vie. Mais, tous ces savoirs qui sont les seuls à permettre au "coaché" de prendre son chemin initiatique et répondre grosso modo à l'injonction fondamentale formulée un demi-siècle avant notre ère par Socrate, «Connais-toi toi-même!», ne s'acquièrent pas en cherchant simplement sous le sabot d'un âne. C'est le principal reproche que l'on puisse faire au coaching à l'ère numérique et des réseaux sociaux: Profiter de l'ignorance et de l'inexpérience des gens pour leur vendre du sable, de la poussière, du vent. En somme rien de vraiment neuf sous le Soleil. Et le phénomène du coaching tel qu'on le connaît aujourd'hui pourrait bien ne devenir qu'une comète qui, ayant profité du développement d'internet, se verrait subitement cannibalisé par son propre créateur, soit le même qui fit advenir l'intelligence artificielle qui, pour les mêmes prestations, sera toujours plus fiable, rapide, sûre et meilleur marché.

24 juillet 2026

GAFAM: Le combat de David contre Goliath

Les Big Five aiment Trump qui le leur rend bien

Tout le monde se souvient du mea culpa public auquel avait consenti de bonne grâce Mark Zuckerberg sur la demande insistante des sénateurs à l'endroit des nombreuses familles de victimes qui assistaient aux auditions concernant la responsabilité des GAFAM, plus particulièrement de TikTok et Meta (Facebook), dans la mise en place durant de nombreuses années d'algorithmes addictifs et d'enfermement ciblant les enfants et adolescents et dont certains se sont donnés la mort où ont été victimes de pédo-criminels et de harcèlement sexuel. Dans le documentaire Cinq femmes contre les Big Five réalisé par Élisa Jadot en 2024, on découvre la stratégie perverse de certaines plateformes qui pour des motifs purement mercantile favorise auprès de jeune usager le scrolling en leur présentant des contenus totalement toxiques pour leur âge, voire illicites, tels l'obsession de la maigreur, la fascination pour la mutilation et le suicide, l'exposition de leurs données personnelles auprès de milieux pédophiles. À la même époque, on se souvient que les électeurs MAGA lançaient leur chasse aux sorcières contre les contenus woke (lire l'article : Guerre larvée autour de la protection de l'enfance) et leur propension à vouloir interroger de manière intempestive les enfants sur leur identité sexuelle. Cette croisade n'était pas sans fondement. Mais, en comparaison des algorithmes toxiques et addictifs débattus devant le Congrès au même moment, si on avait voulu organiser une diversion médiatique sur la protection de l'enfance, on ne s'y serait pas mieux pris. Ce fut l'arbre qui cachait la forêt, celle d'innombrables souches malfaisantes se chiffrant en milliards de dollars.
De son côté, l'Europe n'est pas restée les bras croisés. Depuis février 2024, elle s'est donné les moyens de réguler les plateformes grâce à un arsenal juridique appelé Digital Services Act (DSA) qui, entre autres, interdit toute publicité visant des mineurs ou l'exploitation de leurs données personnelles et oblige les plateformes à plus de transparence sur le fonctionnement de leurs algorithmes. La Commission européenne a en outre le pouvoir d'infliger directement des amendes financières aux réseaux sociaux qui s'aviseraient d'enfreindre les règles européennes. Mais, le plus affligeant se passe du côté des USA où rien ne bouge en raison des centaines de millions de dollars que les plateformes consacrent auprès de leurs lobbies pour retarder l'adoption par leurs politiciens de tout législation qui rendrait responsables les plateformes du contenu qu'elles hébergent. Et, au vu du modèle d'affaires fructueux qu'elles ont conclus tacitement avec l'administration actuelle, ce n'est pas sous l'ère trumpienne que cette métamorphose se produira. Quant aux familles des victimes qui se sont présentées devant le Sénat, elles continuent à ce jour leur long parcours judiciaire devant les tribunaux civils américains dans l'espoir d'obtenir un jour une juste compensation financière des souffrances psychologiques et familiales que ces réseaux sociaux leur ont fait subir. Rappelons qu'à ce jour quatre pays ont adopté une interdiction légale stricte pour les mineurs d'accéder aux réseaux sociaux (Australie, France, Indonésie et Émirats arabes unis). D'autres pays sont en voie de le faire et dont la plupart sont européens. Enfin, la Chine, l'Allemagne, l'Italie et le Brésil exigent d'ores et déjà un encadrement strict sous responsabilité parentale.

10 juillet 2026

Affaire Dany Leprince: Cette vérité judiciaire soi-disant hors d'atteinte


Dany Leprince, celui que les médias avaient baptisé "Le boucher de la Sarthe", a finalement obtenu après vingt ans de combat judiciaire le droit d'être rejugé suite à l'aboutissement d'une procédure de révision qui, fait rarissime et après deux tentatives, s'est dénouée favorablement. Ainsi, Dany Leprince sera le quatorzième condamné dans l'histoire judicaire française à pouvoir être rejugé pour les crimes qu'on lui a imputés en 1994 et pour lesquels il a déjà exécuté un peine de dix-huit années de réclusion. Rappelons que ce fait divers sanglant a détruit presque entièrement une famille lorsqu'en septembre 1994 on retrouve dans la villa voisine à la sienne son frère Christian, sa belle-sœur Brigitte, épouse de Christian, et ses deux nièces, Sandra et Audrey, respectivement âgées de dix et six ans, massacrés et tués au moyen d'une arme blanche qui vraisemblablement aurait été une feuille de boucher au vu des sévices infligés et de la profession exercée à l'époque par l'inculpé. La seule survivante de cette tragédie fut la troisième fille du couple, Solène, qui en raison de son bas âge, deux ans à l'époque des faits, fut vraisemblablement épargnée par le ou les auteurs du massacre. Lors de sa garde à vue, Dany Leprince avait finalement reconnu sa culpabilité pour le meurtre de son frère, et dont le mobile retenu fut très classiquement celui de la jalousie financière. Mais, il avait  toujours refusé d'endosser le meurtre de sa belle-sœur et des deux enfants, ces derniers pouvant potentiellement être considérés comme des témoins gênants du fratricide et donc des victimes collatérales nécessaires du point de vue du meurtrier, mais insupportables aux yeux du monde parce que totalement vulnérables et innocentes.



26 juin 2026

Jean Ziegler: Le combat d'une vie contre l'argent des criminels


Ayant tiré sa dernière révérence, Jean Ziegler a été inhumé le 18 juin dernier après une cérémonie célébrée à la cathédrale Saint-Pierre de Genève devant un aéropage d'hommes et de femmes politiques de tout horizon et des travées remplies de citoyens genevois, étrangers et confédérés qui lui devaient une forme de panthéonisation selon la formule consacrée "Aux grands hommes, la patrie reconnaissante", lui qui s'attendait plutôt à reposer sobrement au cimetière de Russin alors que le cortège funéraire s'est finalement rendu à celui des Rois en Ville de Genève pour y reposer en paix. Mais, cette reconnaissance post mortem fut tardive pour un personnage politique qui, dès les années quatre-vingts, fut considéré comme un traitre à la patrie par ses opposants politiques et notamment par la place financière suisse pour avoir dénoncé avec courage et précisions dans son livre "La Suisse lave plus blanc" le mécanisme pernicieux par lequel les banques suisses, sous couvert du secret bancaire, accueillaient l'argent sale des cartels de la drogue (Medelin), des dictateurs de tout poil (Mobutu, Marcos) et comptaient au sein de sa clientèle des organisations mafieuses. En effet, si l'essor économique des banques fut resplendissant, l'application stricte du secret bancaire entravait les autorités pénales dans la poursuite d'auteurs et d'organisations criminelles commettant notamment des actes de corruption, de prévarication (gestion déloyale d'intérêts publics) et de trafic de stupéfiants. Grâce à ses ouvrages, Jean Ziegler popularisa l'expression "blanchiment d'argent" auprès du grand public et mit en exergue la complicité du système financier comme générateur de misère dans les pays dits du tiers monde, dès lors que l'argent détourné par les potentats ne pouvait servir à financer les besoins sociaux tels les écoles, les hôpitaux et les infrastructures agricoles si indispensables à l'éradication de la famine par exemple. Devenu l'homme à abattre pour la place financière et la bourgeoisie de son pays, Jean Ziegler essuya une pluie de procès. Se croyant protégé par son immunité parlementaire de député, le Parlement fédéral la lui retira afin qu'il fût jugé pour diffamation par ses différents détracteurs, ce qui causa sa ruine financière et l'obligea à s'acquitter de plusieurs centaines de milliers de francs en dommages et intérêts. C'est finalement grâce aux pressions internationales de l'UE et des États-Unis que Jean Ziegler obtint par la suite une forme de réhabilitation morale de la part de son pays qui s'est vu forcé et contraint de démanteler peu à peu son secret bancaire, d'adopter des lois sévères contre le blanchiment d'argent et d'accepter l'échange automatique d'informations avec d'autres autorités fiscales, freinant en partie l'évasion fiscale à laquelle la Suisse participait grandement. Si Jean Ziegler contribua à rendre le système financier un peu moins opaque qu'il ne l'était à son origine, pour autant la criminalité économique, loin d'avoir disparu, a aujourd'hui pris d'autres formes plus complexes. Elles sont juridiques comme la création de trust ou le transit par des paradis fiscaux (juridictions offshore) où les véritables ayants droits économiques bénéficient de la protection complaisante du secret de certaines professions qualifiées d'intermédiaires tels les avocats d'affaires, les notaires et les fiduciaires. Elles sont aussi de plus en plus numériques comme les cryptomonnaies qui se chargent d'effacer toute traçabilité de l'origine des fonds, ou encore le mécanisme du smurfing ou schtroumpfage qui à l'aide de robots et d'algorithmes fournis par l'IA permettent de fractionner des fonds criminels en d'innombrables micro-transactions indétectables par les services de compliance. Enfin, toutes ces techniques de blanchiment peuvent se combiner entre elles en pratiquant ce qu'on appelle aujourd'hui le Trade-Based Money Laundering ou TBML qui consiste en apparence à créer une activité commerciale entre deux pays, mais dont les termes de l'échange sont faussés dans le seul but de rendre les transactions financières inodores alors que l'origine des fonds reste criminelle. Rappelons que Jean Ziegler, outre sa chaire de sociologie, fut à sa manière un grand idéologue (peut-être même le dernier) de la guerre froide à laquelle s'étaient livrés le communisme et le capitalisme depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu'à la chute du Mur de Berlin! À tel point qu'il ne pouvait s'en départir et parfois lui fit perdre sa lucidité, notamment lorsqu'il crut bon de fréquenter l'ancien Chef d'État libyen Mouammar Kadhafi, commanditaire d'attentats terroristes, ou encore cette foi inébranlable qu'il avait en la révolution bolivarienne vécue à Cuba depuis la prise de pouvoir en 1959 par Fidel Castro et Ernesto Che Guevara et dont il témoigne fièrement dans le documentaire ci-dessus que la RTS lui consacra en 2016. On sait ce qu'il en reste aujourd'hui à l'échelon mondial: un capitalisme omnipotent auquel s'est même rallié le parti communiste chinois et que l'on souhaite le moins corrompu et cynique possibles pour la vie de l'espèce, voire sa survie.

12 juin 2026

Affaire Mazan : La satisfaction du devoir accompli face aux Gros Dégueulasses


Si les pires saloperies dont sont capables certains humains ont pu éclater au grand jour, c'est grâce à la vigilance d'un simple animateur de ventes d'appareils électro-ménagers prénommé Noredine qui le 12 septembre 2020 se mit à observer le comportement étrange d'un client du magasin Leclerc à Carpentras qui,  déambulant dans les rayons du magasin, portait à bout de bras un sac noir dans lequel se trouvait la caméra d'un smartphone branché en continu. Noredine put fort heureusement compter sur le professionnalisme de l'agent de sécurité qui fouilla ledit sac et y découvrit le parfait dispositif du voyeur vicelard ainsi que les images filmées du dessous des jupes des clientes, sans se douter que cette découverte ferait naître l'un des scandales sexuels et de soumission chimique les plus retentissants. N'hésitant pas ensuite à requérir la participation desdites victimes, le vigile fit intervenir immédiatement la police de Carpentras. À la vue du drôle d'oiseau, cette dernière fit également preuve d'une perspicacité redoutable en requérant immédiatement une perquisition du domicile du suspect pour y  découvrir que son penchant à conserver les traces numériques de ses crimes le ferait tomber lui et sa bande d'une cinquantaine de désaxés paraphiliques. Les investigations menées par la suite ont montré que le voyeurisme de Dominique Pélicot était connu de la police depuis 2010, mais que faute de n'avoir pas prélevé son ADN à cette occasion, il n'a pas été possible de l'arrêter en rapprochant son cas de deux autres affaires de meurtre et de viols non élucidés dont la police le soupçonne d'en être l'auteur déjà en 1991 et commis sur des agentes immobilières selon le même modus operandi: prétexter une visite d'appartement pour violer l'employée de l'agence après l'avoir soumise chimiquement par inhalation forcée d'éther. Si, en dépit des ratés du début, l'affaire Pélicot a pu finir en apogée sous les fourches caudines de la justice, c'est bien grâce à la vigilance de simples gens et au souci du devoir accompli de quelques fonctionnaires. Tout au contraire hélas de l'affaire Lyhanna  qui dans ce cas semble encore révéler au sein de la justice française des failles béantes à certains échelons judiciaires et policiers pour évaluer correctement la gravité des faits et savoir agir en conséquence avec diligence et célérité. Pour cette ultime infamie qui touche de façon brûlante l'institution judiciaire, cette dernière se doit d'éteindre l'incendie en produisant un coup de menton qui, par conjectures, s'est retourné contre l'acteur/chanteur Patrick Bruel placé 48 heures sous le régime de la garde à vue, puis mis en examen fissa pour viols, agressions et harcèlements sexuels et qui échappe de justesse à une mise en détention provisoire moyennant un contrôle judiciaire strict et le dépôt d'une caution de € 500'000,--. Ce n'est pas la moindre ironie du sort qui vient subitement frapper celui qui toute sa vie professionnelle fut portée essentiellement par sa notoriété et qui, une fois n'est pas coutume, se retrouverait être "une victime de circonstances" sur lesquelles il n'a aucune prise, excepté celle d'avoir entretenu une grande illusion auprès de ses fans qui demain se réveilleront avec la gueule de bois. Car et c'est bien connu, trahir sa réputation et sa renommée équivaut toujours à payer un plus lourd tribut que tout autre justiciable lambda. Pour reprendre un aphorisme d'Albert Einstein, le monde serait moins dangereux à vivre, non pas tant par l'éradication du Mal en lui-même, que par ceux et celles qui, sachant le reconnaître, ne le laisseraient jamais faire, bien qu'entre ignorance, lâcheté et corruption, il a toujours existé une large zone d'incertitudes qui n'est pas près de s'estomper. Ci-dessous, extraits du témoignage de Gisèle Pélicot dans l'émission la "Grande Librairie" pour la sortie de son livre «Et la joie de vivre»,  co-écrit avec la journaliste et écrivaine Judith Pérignon.


22 mai 2026

Durcissement du Service civil : L'Armée suisse en mauvais joueur

Le 14 juin prochain , les électeurs helvétiques auront à se prononcer par référendum sur une loi votée par le Parlement fédéral afin de durcis les conditions d'accès pour les hommes au service civil pour la simple mais très discutable raison que l'armée craint ces prochaines années de manquer d'effectif, car le service civil serait trop attractif. Accepté à 82% en votation populaire amendant la Constitution en 1992, le service civil suisse a de toute évidence performé durant ces trente dernières années auprès des jeunes en âge de s'engager pour un service à la communauté obligatoire: protection civile, protection de la jeunesse, agriculture, protection de la nature, assistance aux personnes âgées et aux malades. Bref, toute une kyrielle de domaines où les civilistes se sont rendus indispensables et sont désormais accueillis avec reconnaissance, sans que cela ne coûte un franc de plus à la collectivité, bien au contraire. Mais, voilà, le service civil, aux yeux de sa concurrente l'armée, serait désormais victime de son succès et donc responsable de détourner les forces vives du pays au détriment de notre armée de milice. À qui la faute ? Certainement pas au service civil qui a eu l'immense tort, sans le vouloir vraiment, d'être apparemment plus attractif chez les jeunes. Et, si l'armée s'avoue inquiète et donc battue, nulle raison d'en douter. Et pour cause, car la seule question qui se pose est de se demander pourquoi est-elle si peu attractive dans un contexte géopolitique aussi instable censé la favoriser ? Et, le problème est bien celui de nos institutions qui se sont révélées impuissantes à gérer scrupuleusement le budget de cette armée, au vu des nombreux scandales financiers  qui ont surgi et terni sa réputation, se traduisant fatalement par un sérieux désamour des jeunes et de ceux qui le sont moins:

Débâcle des drones israëliens Hermes

Acheté en 2015 par l'armée, ces drones se sont avérés inutilisables parce qu'incapables de voler sans dégivrage, ni de détecter d'autres aéronefs dans son voisinage. Qualifié par la presse et le Parlement de naufrage national, l'armée a dû se résigner à abandonner le projet. Coût total de ce fiasco militaire : 300 millions de francs. Si les civilistes avaient eu l'outrecuidance de dilapider un tel montant, sans doute qu'à cette heure-ci le service civil n'existerait plus dans notre pays.

Fraudes et gouvernance scandaleuses chez RUAG

Au sein même de l'entreprise d'armement RUAG détenue à 100% par la Confédération, des enquêtes ont révélé des fraudes massives en interne, des falsifications de documents, des soupçons de corruption passive et de subventionnements croisés opaques où RUAG surfacturait à son département de tutelle, à l'époque tenu par la Conseillère fédéral Viola Amherd, pour éponger des pertes dans le secteur privé. Une partie de ces fraudes aurait pu être évitée si le département en question n'avait pas sciemment ignoré durant plusieurs années les signalements de lanceurs d'alerte.

Gouffre financier des mandats informatiques

Dès 2021, un trou de 100 millions de francs a été découvert dans le seul budget informatique de l'armée. Pour pallier son manque de compétences internes, l'armée déléguait massivement à des entreprises privées et consultants externes (parmi lesquels figuraient d'anciens hauts cadres de l'armée) des contrats juteux pouvant aller jusqu'à plus de quatre cents mille francs sur quinze mois. Le Parlement a finalement dénoncé l'utilisation abusive de l'argent du contribuable pour masquer l'incompétence de la gestion de projet en interne.

Rapports "Floraco" et "Limon"

Le premier a mis en exergue de graves dysfonctionnements dans le projet de modernisation du système de radars de l'armée. Le second est une métaphore pour désigner les cadres intermédiaires de l'armée qui bloquent systématiquement la remontée des mauvaises nouvelles vers la hiérarchie pour ne pas ternir leur réputation, mettant en péril la sécurité de l'espace aérien.

Là où le service civil vit "d'amour et d'eau fraîche", l'armée s'est autorisée par son impéritie et son incurie à balancer un milliard de francs par la fenêtre à l'insu des contribuables et de leurs élus, trou budgétaire qui précipita la démission du Chef de l'armée, Thomas Süssli, suivie de celle de Viola Amherd en janvier 2025. Comment encore s'étonner que de grandes expositions censées donner une image flatteuse de l'armée telle que Airspirit 24 furent annulées faute d'argent disponible, alors que c'est précisément (mais pas seulement) ce genre d'événement qui doit rendre l'armée plus attractive. Enfin, hors du domaine de cette gestion déloyale des intérêts publics qui caractérise notre armée en temps de paix et qui sont ses seuls véritables démons contre lesquels elle doit d'abord se battre, mais aussi et à ce titre le premier ennemi du peuple bien avant la Russie de Poutine, on ne peut s'empêcher de rappeler la condamnation par la justice militaire en septembre 2025 de treize officiers pour un bizutage d'une rare violence perpétrée à la caserne de Colombier sur des recrues, leur ayant entraîné de multiples fractures. Alors, plutôt que d'affaiblir le Service civil avec le risque de faire supporter financièrement à l'économie privée et aux particuliers une baisse probable de ses ressources humaines (c'est pas comme si les primes d'assurance-maladie étaient ridiculement basses dans ce pays), le peuple ferait mieux de retourner ce mauvais gag à son expéditeur qui, au lieu de faire son examen de conscience dont l'armée ne saurait être exemptée (a contrario de l'objection de conscience propre au Service civil), reconnaître sa gestion calamiteuse de ses dix dernières années et en tirer les leçons qui s'imposent, préfère désigner un bouc émissaire, le Service civil, pour se tirer facilement d'affaire, comme la politique politicienne sait si bien le faire en jouant sur les peurs (la guerre), le temps passé et l'oubli des scandales et de leurs causes. Au vu d'un tel bilan et à moins d'être né dans une famille de mercenaires/militaires de père en fils depuis la bataille de Marignan, quel jeune voudrait encore s'engager par temps de paix dans une armée pareille, mal gérée, ruineuse des deniers publics et si peu respectable ? Et, comme ses maux ne sont pas traités à la racine, un durcissement du service civil ne changera rien à l'affaire, si ce n'est de miner encore plus la confiance de ceux qui auront à s'engager pour l'avenir du pays.